CHAPITRE I
des mathématiciens, des chimistes , des médecins célèbres : Glauber, Suellus, Régis, Biaise de Vigenère, Borellus, Boyle, Nicolas Papin, Iliérophyle, Jérôme Fabrice d' Acquapendente , Paracelse, Joannes David Rulandus pharmacien ; Thomas Bartholin , surnommé pour sa science le Phosphore de Danemark; Jean Fabri, Cassini, Homberg de l'Académie royale des sciences, et une multitude d'autres que nous nous abstenons de nommer.
Au reste, le Dictionnaire mathématique d'Ozanam imprimé en 1691 , in-4°, l'un de ses premiers ouvrages, donne à lui seul une haute idée de l'étendue de ses connaissances. Nous nous contenterons, à l'appui de notre assertion, de donner ici la table des matières qui y sont traitées :
1° L'arithmétique ; 2° algèbre ; 3° géométrie spéculative et pratique ; 4° cosmographie; 5° astronomie; 6° navigation ; 7° géographie astronomique ; 8° géographie naturelle civile et historique ; 9° théorie des planètes ; 10° hypothèses des éclipses; 11° optique; 12° perspective; 13°gnomonique ; 14° catoptrique; 15°dioptrique; 1 6° peinture ; 1 7° mécanique ; 1 8° statique ; 1 9° hydrostatique; 20° architecture; 21° architecture militaire ou fortifications ; 22° musique.
Ozanam, dans son dictionnaire, a voulu donner seulement une idée générale des mathématiques ; plus tard il composa des livres spéciaux pour traiter, avec développements convenables, chacun des sujets qu'il n'avait qu'ef Heures dans ce premier ouvrage. Ce dictionnaire a d'abord le mérite d'être le premier qui ait été fait en ce genre, et de plus il renferme une véritable encyclopédie
méthodique qui suppose de la part de l'auteur une science aussi variée qu'universelle. On a déjà pu voir par les citations que nous avons faites plus haut que, malgré son antipathie pour laphilosophie, notre mathématicien n'en connaissait pas moins à fond tous les philosophes de l'antiquité. Leur mérite littéraire n'avait peut-être pas été étranger à cette étude, et l'avait sans doute aidé à surmonter ses répugnances. La littérature exerçait, en effet, sur lui un puissant attrait, si Ton en juge par le nombre et la longueur des passages de Pline, de Cicéron, de Virgile et de plusieurs autres auteurs classiques que l'on rencontre si fréquemment dans ses ouvrages. Il semble s'y complaire et vouloir faire partager son bonheur à ceux qui le liront. C'est une espèce de halte qu'il offre à ses disciples sur la route pénible et monotone des mathématiques. La poésie surtout avait pour lui un charme incomparable: ainsi, lorsqu'il parle des volcans, il ne peut s'empêcher de rappeler ces deax vers des Géorgiques relatifs à une éruption de l'Etna :
Vidimus undantem ruptis foniacibus iElnam Flammai unique globos liquefaclaque volvere saxa '.
[Gcory. lib. I.)
Au sujet de certains météores lumineux qu'Ozanam explique, et qui brillent sans brûler, il rapporte l'ingénieuse fiction de Virgile, qui représente une flamme légère s'allumant sur la tête de Jules fils d'Enée, sans endommager sa chevelure, et devenant un heureux
i « Nous avons vu l'Etna brisant ses fournaises, si' répandant comme les flots de la moi', roulant des globes île feu et des pierres fondues. »
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augure pour la grande destinée de cet enfant, le futur fondateur de la monarchie romaine : '
Ecce levis summo de vertice \isus Iuli Fundcre lumen apex, tacluque innoxia molli Lambere flamma comas, et circum tempora pasci. Nos pavidi trepidare melu, crinemque flagranlem Excuterc, et sanctos extinguere fonlibus ignés '.
JEneid. lib. I.
« Ces météores ignés, ajoute Ozanam, portent le nom de la chose qu'ils figurent: c'est de là qu'on les appelle dragon, lance, poutre, feu volant, étoile tombante.
« Je ne saurais m'empècher, dit-il ensuite, de citer encore ici , sur les météores de feu, huit ou neuf beaux vers de Virgile, qui s'étudiait autant à mettre de la physique dans ses vers que j'aimerais à mêler ses vers dans ma physique :
Stepè etiam stellas vento impendente videbis Prœcipiles cœlo labi, noctisque per umbram Flammarum longos à tergo albescere tractus-.
De cœlo lapsa per timbras Stella facem ducens multà cum luce cucurrit. lllam summa super labenlem culmina tecti Cernimus ida?à claram se condere sylvà Signantemque vias : tùm longo limite sulcus Dat lucem, et latè circùm loca sulfure fumant3.
1 « Nous ayons vu s'échapper de la tète de Jules une lumière qui semblait effleurer ses cheveux sans les brûler, et lui former une couronne. Nous en étions effrayés, et nous voulions secouer sa chevelure enflammée, et jeter de l'eau sur ces feux sacrés pour les éteindre. »
2 « Souvent aussi, lorsque le vent menace de souffler, vous verrez des étoiles tomber rapidement . et laisser après elles , au milieu des ombres de la nuit, de longues traînées de blanche lumière. »
3 « Lorsqu'une étoile tombe du ciel pendant la nuit, on dirait
« Scaliger, continue Ozanam, en parlant du ver luisant, a employé son talent pour la poésie à composer une énigme fort ingénieuse, tiré du mot grec : Twpei- XafMïfôe; , qu'Aristote donne à cet insecte luisant et que ce poëte traduit igniclunes. Le mot de l'énigme est ver luisant.
Non ignis, non Stella micans, non candida luna, Me tamen in cœcà nonnisi nocte vides.
Sic scribit sapiens, sapiens sibi lumina prœfert : At mihi sic sapio, lumina ponè gero *. »
Notre mathématicien , désolé de ne pouvoir expliquer la mystérieuse lumière qui orne si admirablement ces petits insectes, veut du moins se dédommager en citant les poètes les plus distingués. «L'ancien évoque d'Avranches, dit-il, jouit d'une éminente piété, non seulement avec une science ecclésiastique incomparable , mais encore avec la politesse et l'enjouement de la belle poésie, jusqu'à persuader que ses ouvrages en vers ont l'air et les grâces que nous admirons dans Virgile et dans Horace. Son églogue latine sur la lampyris ou le ver luisant a été trouvée d'une beauté achevée. C'est une fiction où il représente la lampyris comme une des compagnes de Diane qui., par ses charmes et sa bonne
une torche éclatante de Lumière qui poursuit une course rapide. On croirait, en la voyant tomber sur le haut d'un toit, qu'elle va se cacher dans une touffe de germandrée . et qu'elle montre le chemin qui y conduit. Elle trace alors un sillon lumineux, et répand au loin une odeur de soufre. »
1 « Je ne suis ni du feu, ni une étoile scintillante, ni la lune à la pâle lueur, et pourtant vous me voyez malgré l'obscurité de la nuit. Le sage qui écritjugeàproposde placer La lumière devant lui, et moi je juge convenable de la placer par derrière. »
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grâce dans la danse d'une fête, pénètre dans le cœur du dieu Pan, dont elle ne se délivre que par une fuite précipitée. Elle s'endort de lassitude. [Ni niant son sommeil, les Dryades lui volent le collier que sa mère lui avait donné. Sa mère lui défend de se présenter devant elle, qu'elle n'ait retrouvé son collier. A la faveur d'une lampe, elle va partout dans les ténèbres de la nuit chercher ce collier qu'elle ne retrouve pas. Diane, touchée du malheur de Lampyris, et pour la dérober h la colère de sa mère, la métamorphose en vers luisant, qui semble toujours, à l'aide de la lumière qu'il porte, chercher son collier dans l'obscurité de la nuit. Cette églogue a trouvé un traducteur d'un grand nom et d'une capacité reconnue, qui l'a donnée au public en magnifiques vers français; je n'en rapporte qu'un petit morceau, afin d'inspirer au lecteur le goût de l'avoir en entier :
Quœ nova per cœcas splendescit noctes Sepibus in nostris?an ab aslhere lapsa sereno Astra cadunt? tacilis an captant frigora sylvis, Si quandù ardentis cepefunt taedia coeli? Non ità, sed duris frustra exercita matris Imperiis, sentes lustrât Lampyris opacos, Si forte amissum possit repetïre monile, e!c.
Quel est ce nouveau feu qui luit Au travers des buissons, malgré l'obscure nuit? Serait-ce quelque étoile errante?
Ou quelque astre qui, las des cieux, Dont la demeure est trop ardente , Vient chercher le frais en ces lieux?
Non, c'est Lampyris, qui, chassée Par une mère courroucée,
D'un soin vainement assidu, Avec sa lampe naturelle, Qui pendant la nuit étincelle, Cherche encor son collier perdu, etc.
« 11 est beau , ajoute Ozanam , de voir de si grands génies employer leurs talents à décrire ces petits insectes, qu'ils n'ont pas jugé indignes de leurs plus sérieuses contemplations '. » Nous avons seulement voulu montrer qu'en parcourant les ouvrages d'Ozanam, on ne croirait pas lire des livres de mathématiques, mais qu'on y voit percer à chaque instant l'amour et le goût prononcé pour les belles-lettres.
Quelquefois il ne peut résister lui-même au plaisir d'exposer sa pensée en vers : témoin le problème suivant, qui se trouve dans ses Récréations mathématiques (tom. I, p. 17G, édit. de 1723):
« Il arriva qu'un mulet et un âne voyageant ensemble, portaient chacun un certain nombre de barils de vin. L'âne se plaignait d'être trop chargé. Le mulet lui dit : « Vous n'avez pas raison de vous plaindre , car si vous me donniez un de vos barils, j'en aurais deux fois autant que vous; et si je vous en donnais un des miens, nous en porterions autant l'un que l'autre. » Combien de barils avaient-ils chacun?
« Réponse. Le mulet en avait 7, l'âne en avait 5. »
« On me permettra de mettre ici cette question avec la solution en vers latins :
1 M. Ampère, le célèbre mathématicien, .dînait aussi beaucoup la poésie. Doué d'une très heureuse mémoire, il savait par cœur tous les chefs-d'œuvre de Racine, Corneille, Virgile, etc. De plus, il Composa eu 1res bons vers latins toute une classification des sciences, qu'il chargea Frédéric Ozanam de revoir.