‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 256 sur 313 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

ans , et qui va la propageant avec une activité infati gable dans le duché de Gènes et de Toscane '. »

Le 10 janvier 1853, Ozanam s'embarquait à Gènes pour Livourne sur la Marie-Antoinette, avec sa femme, son enfant et sa belle-mère. A peine le vaisseau quittaitil son mouillage que les vents se déchaînèrent; la lame passait sur le pont, balayait les magasins, visitait les malles , et les quatre-vingt-treize passagers se livraient aux gémissements les plus lamentables. Enfin , après une traversée d'une nuit et de la moitié d'un jour, nos pauvres voyageurs débarquèrent sous une pluie des plus furieuses, qui acheva de les tremper jusqu'aux os, corps et biens. Ce contre-temps semblait devoir exercer une influence des plus fâcheuses sur la santé si éprouvée et si délicate de Frédéric, il n'en fut rien heureusement : à part un peu de rhume , il arriva à Pise à peu près comme il était parti de Bayonne. Ses forces, que le traitement de son frère le docteur lui avait rendues , se soutenaient assez pour qu'il espérât renaître au printemps; le danger semblait avoir disparu, il se sentait presque bien portant. Rien n'avait réveillé la susceptibilité de ses anciens maux; il les tenait pour guéris et n'attendait plus que le retour complet de sa santé. Déjà il se réjouissait de voir l'hiver s'avancer, se flattant d'être de retour à Paris pour y reprendre son cours après Pâques , et se promettant de tirer parti de son voyage d'Espagne en faisant quelques leçons sur le poème du Cid. 11 profita de cette amélioration pour aller passer une huitaine de jours à Flo-

1 Lettres, f. II. p. 476, -Ie édit.

rence, heureux d'y retrouver plusieurs membres de notre famille établis dans cette ville , et de revoir au moins quelques-uns de ces chefs-d'œuvre qu'il avait déjà admirés dans ses précédents voyages. Mais ce qui le préoccupait surtout, c'était de reconnaître par luimême où en était la société de Saint-Vincent- de-Paul dans cette cité si bonne et si chrétienne.

Dans le cours de l'année 1847, en traversant la Toscane, Ozanam avait fait la connaissance de quelques hommes influents et zélés; il leur avait donné le règlement, le manuel, et les avait laissés disposés à faire quelque tentative, mais personne n'en voyait l'utilité, au milieu de tant d'oeuvres anciennes. « Cependant, écrivait Ozanam à l'un des plus anciens membres de la société de Saint-Vincent-de-Paul, les révolutions sont venues, elles ont labouré ces terres molles ; leur soc a heurté et déraciné bien des institutions qui ne tenaient que par des racines desséchées, et voilà qu'aujourd'hui un prosélytisme tout nouveau multiplie nos conférences; l'autorité ecclésiastique leur prête sa protection , les religieux la recommandent, les laïques fervents s'y enrôlent. Elles fleurissent à Livourne et à Pise, elles commencent à prospérer à Florence, à Pontadera; elles s'établissent à Prato, et bientôt à Volterra, à Porto-Ferrajo ; voilà sept familles de Saint-Yincent-de-Paul dans ce pays toscan , où la vie catholique languissait comme étouffée sous les chaînes dorées du joséphisme. Mais ce qui importe le plus et ce qui me touche beaucoup, c'est que le premier esprit de notre Société s'est merveilleusement communiqué à ces nouveaux frères. J'ai trouvé chez eux la simplicité, la cordialité de nos commencements. On ne

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