‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 257 sur 313 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

proscrit pas assurément les vieux ; mais je vois avec plaisir beaucoup de jeunes gens, étudiants, employés de commerce , fils de grandes familles coudoyant quelque professeur de l'université ou le marchand drapier du coin : tout cela conduit par des présidents excellents. Je ne saurais dire l'attachement qu'on montre pour le centre de la Société , et les égards dont on a comblé le vice-président du conseil général '. »

Ce fut à l'occasion de l'une de ces visites à la conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Florence, qu'il prononça, dans la séance du 30 janvier 1&53 , un discours très remarquable qui mérita les honneurs de l'impression, et que l'on retrouve dans les œuvres complètes d'Ozanam2. Frédéric y explique avec une lumineuse précision les origines et les développements de la société de Saint- Vincent-de-Paul.

Nous nous souvenons avec quelle pieuse émotion il nous parlait des rapports si doux qu'il avait eus avec ces nouveaux confrères. Il nous citait en particulier le président de la conférence de Pontadera : il ne savait assez admirer le tact et l'intelligence avec lesquels cet homme simple et sans culture dirigeait les travaux de l'œuvre qui lui était confiée , car ce n'était qu'un pauvre artisan.

Cependant, au milieu de toutes ces consolations , un contre-temps des plus graves venait troubler le bonheur qui réjouissait son âme. Le grand-duc et la grandeduchesse de Toscane , remplis de préventions contre la

» Lettres, t. II, p. 514, 2« édit.

2 Mélanges , t. II, p. 39.

société de Saint- Yincent-de-Paul , étaient dans l'intention de s'opposer à son établissement.

On avait indiqué à Ozanam la ville de Pise comme le séjour le plus favorable à son état pour y passer l'hiver. Heureusement il était connu, ou pour mieux dire célèbre dans ce pays. Ses travaux sur Dante y avaient été reçus avec applaudissements et traduits plusieurs fois.

Frédéric était arrivé depuis peu dans cette ville, lorsque la duchesse douairière y vint elle-même. Elle entendit parler de ce Français et des peines qu'il se donnait pour introduire en Toscane une charité qui lui paraissait suspecte. Elle l'envoya prier de la venir voir dès le soir même. Ozanam était au lit accablé par la fièvre : il se leva néanmoins et se rendit aussitôt à l'invitation. La grande-duchesse le reçut avec bonté. C'était une personne distinguée, aimant les bonnes œuvres, mais toute pleine de préjugés contre la société de Saint- Vincent-de-Paul , où elle ne voyait qu'un repaire de libéralisme, et elle affirma tout d'abord à Ozanam que jamais le grand-: duc n'en autoriserait l'établissement, si l'on ne commençait par en chasser certains hommes qu'elle lui désigna. Frédéric parla longtemps et avec feu, comme il parlait toujours : il s'efforça de justifier l'admission des personnes que la cour ducale voyait de mauvais oeil dans la Société. 11 déclara que l'un des points fondamentaux de l'association était de faire la charité à l'exclusion de toute politique, ce qui expliquait pourquoi on admettait quiconque se présentait, pourvu qu'il fût honnête homme et chrétien.

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