‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 263 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Ozanani part de Pise pour les environs de Livouine, à San-Jacopo. — Son voyage à Sienne pour y établir la société de Saint- Vincent-de- Paul. — Il revient près de Livourne, à l'Antignano. — Sa maladie s'aggrave. — Il part pour Marseille; il y meurt. — Ses restes sont transportés à Paris. — Ses funérailles. — Éloges divers. — Son testament.

Dès que la première aube de mai put faire croire à Ozanam qu'enfin le printemps ne refusait pas de paraître, l'avis des médecins l'éloigna de Pise, pour l'envoyer au bord de la mer, dont l'air lui avait déjà souvent fait tant de bien. Il se dirigea du côté de Livourne. A peine arrivait-il, qu'on vint le prier de vouloir bien parler à la conférence de Saint-Vincent-de-Paul établie depuis deux ans dans cette ville. Ce discours fit une impression si profonde qu'on s'empressa de le recueillir avec un soin religieux, et qu'on a pu le faire paraître plus tard dans les œuvres complètes de Frédéric, à côté de celui qu'il prononça à Florence. Les cœurs avaient été si vivement touchés , que nous verrons plus tard plusieurs de ses nouveaux confrères lui venir en aide avec un dévouement incomparable.

A un quart d'heure de Livourne se trouve , sur le bord de la mer, au milieu des rochers, un charmant petit village du nom de San-Jacopo. Ce fut là qu'Ozanam alla placer son nid. On aurait cru se trouver à cent lieues de la ville marchande et prosaïque, grâce à la pureté de l'air, à la tranquillité et à la beauté du paysage. Situé en plein midi , Saint-Jacques ouvre ses joyeuses fenêtres sur la Méditerranée, « offrant à la vue tout le prestige de ses eaux qui changent à toute heure , tour à tour étincelantes sous les feux du soleil , chatoyantes et moirées sous un ciel nuageux ; c'est l'immensité , mais ce n'est pas la solitude. Des paquebots à vapeur, de grands navires de commerce, de jolies barques de pêcheurs à voiles latines l'animent, et dans le lointain on découvre la Gorgone, Capraïa, l'île d'Elbe, la Corse. Ce beau tableau s'encadre entre les montagnes de la Spezzia , que l'on voit couronnées de neige ; à droite et à gauche le Montenero avec sa madone, où pendant tout le mois de mai chaque village voisin s'empresse d'aller en pèlerinage 4. » Aucun site ne pouvait être plus en rapport avec les besoins de notre pauvre malade. Il y retrouvait enfin ce qu'il était allé chercher en vain dans la beile ville de Pise : le soleil, la chaleur, un air doux et bienfaisant, un ciel pur et presque toujours riant, des distractions calmes et variées ; en un mot, tout ce qui pouvait réagir de la manière la plus heureuse sur une nature aussi délicate , aussi impressionnable que la sienne.

Il ne tarda pas, en effet, à ressentir l'influence de

1 Lettres , t. II, p. 550.

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