‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 265 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

V académie délia Crusca (ou du Crible), fondée à Florence en 1582, n'admettait que très rarement des membres étrangers dans son sein, comme semble l'indiquer son nom. Elle daigna néanmoins ouvrir ses portes au commentateur du Dante, à l'auteur des Poètes franciscains. Ozanam fut d'autant plus flatté de cette distinction , qu'il la reçut en même temps que le comte Cesare Balbo , l'auteur des Espérances de l'Italie, qu'il tenait en grande estime.

Ces heureuses nouvelles lui arrivèrent pendant son séjour à San-Jacopo, et jointes au bienfait de l'excellent climat dont on jouissait, il se promettait un prompt rétablissement. Il écrivait sur la fin de juin : « Ces deux mois d'accointance avec la mer m'ont déjà fait un bien inattendu. J'ai eu le plaisir de reprendre peu à peu la liberté, la facilité de vivre ; je fais sans fatigue de longues promenades; je passe des matinées sur les écueils à contempler les vagues, dont je connais maintenant tous les' jeux. Les forces reviennent lentement , mais je devais m'y attendre après une si longue crise. Assurément si juillet et août, qui passent pour de grands médecins, veulent bien me traiter, je serai guéri cet automne '. »

Ce fut sous ces douces impressions que lui furent inspirés les vers suivants si gracieux :

Sur l'écueil de San-Jacopo, le 23 juin 1853.

Sur un écueil lointain notre nef échouée Attend le flot sauveur qui la ramène au port, Et la Madone, à qui la barque fut vouée, Semble sourde à nos vœux, et l'enfant Jésus dort!

» Lettres, t. II, p. 549, 2e édit.

Pourtant voici douze ans, sous ce doux patronage, Nous partions pleins d'espoir ; des fleurs ornaient ton front ; Et bientôt, pour charmer, pour bénir le voyage, A la poupe s'assit un petit ange blond.

Depuis ce temps, le ciel s'est noirci sur nos tètes, Les vents ont ballotté notre esquif nuit et jour; Mais nous n'avons pas vu si cruelles tempêtes , Climats si rigoureux, où s'éteignît l'amour.

Non, non, je ne veux plus craindre sous votre garde, Compagnes de l'exil que Dieu me prépara. Déjà d'un œil clément la Vierge nous regarde... Tout à l'heure l'Enfant Jésus s'éveillera.

Et sa main nous poussant sur une mer calmée, Sans peur et sans effort nous toucherons enGn Au bord où nos amis, foule ardente et ebarmée, Signalent notre voile et nous tendent la main.

Depuis qu'il se trouvait plus capable de penser et d'écrire, il avait entrepris ce qu'il appelait son odyssée , le récit de son voyage à Burgos. Son portefeuille était garni de notes aux trois quarts rédigées , de légendes, de romances achetées dans la rue , puis enfin le poème du Cid , les vers de Jorge Manrique , quelques extraits de Tiknor. 11 jugeait qu'après tout c'était un travail fort court, sans efforts, qui s'interrompt facilement, qui admet la variété et le caprice, et tel qu'il convenait à son état d'esprit. Il avait intitulé ce petit ouvrage : Un Pèlerinage au pays du Cid. Une put l'achever qu'à l'Antignano, en juillet, et dans les premiers jours d'août, peu de semaines avant sa mort, alors qu'il était si faible qu'il ne pouvait écrire plus de deux ou trois

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