‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 266 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

lignes sans s'étendre sur un canapé. Les dernières pages de ce récit sont les dernières qu'il ait écrites. Après, il ne reprit plus la plume que pour tracer quelques prières qu'il répétait souvent et que l'on voulait conserver !.

Quoique Ozanam se trouvât mieux, les médecins néanmoins lui prescrivirent de rester deux mois encore au bord de la mer. Grande difficulté pour s'y loger : le beau monde de Florence , Sienne et Livourne assiègent ces parages pendant les mois de juillet et d'août. Il n'y avait plus rien à louer à San Jacopo. La maison qu'habitait Frédéric était retenue; les deux frères Bevilacqua, membres de la conférence de Saint-Vincentde-Paul de Livourne , qui n'avaient connu ce confrère que par le discours prononcé dans leur réunion, s'étaient mis résolument à sa disposition avec un dévouement fraternel au-dessus de tout éloge. Ils finirent, après bien des recherches , par lui trouver une charmante habitation à l'Antignano, joli village à une heure de Livourne, au pied de Montenero et à quelques minutes de la mer. Une difficulté pourtant se présentait, ce logement ne pouvait être libre que vers le 1 o juillet. Ozanam trouva bien vite le moyen d'utiliser ces quelques jours.

Sienne ne possédait pas encore de conférence de Saint- Vincent-de-Paul. Cependant une partie de l'université de Pise y avait été transportée, et avec elle aussi une moitié de la jeunesse toscane. Ozanam en gémissait depuis longtemps. Cette jeunesse, sans œuvres de charité, le tourmentait comme un remords personnel. Il

1 Un Pèlerinage au pays du Cid. OEuvres complètes d'Ozauam , t. Vil , p. 1 .

profita du délai qui lui était imposé avant de pouvoir occuper sa nouvelle demeure, pour se rendre à Sienne même, afin d'y proposer et d'y établir sa chère Société. 11 ne pensa pas un instant au danger que les fatigues de ce voyage pouvaient faire courir à une santé aussi délabrée que la sienne. Quoique lié avec des personnages de distinction, et en particulier avec deux religieux affectionnés des écoles, il eut la douleur de revenir sans avoir réussi. Cet échec l'attrista profondément. « Dieu, disait-il, ne veut plus bénir mes efforts. » Toutefois, malgré le découragement sensible où l'avait jeté ce qu'il croyait un refus du concours de la Providence, il résolut de lui faire encore un appel, et arrivé au bord de la mer, au petit village de l'Antignano, il écrivit une lettre de quatre pages au P. Pendola, l'un des deux religieux avec lesquels il s'était mis en rapport à Sienne , pour le supplier de tenter un dernier effort.

Après avoir témoigné à ce bon père toute sa reconnaissance pour l'accueil si généreux et si affectueux qu'il en avait reçu dans la bonne ville de Sienne, il lui parle de la société de Saint-Vincent-de-Paul en des termes si pressants, si tendres, que cette lettre seule suffirait à révéler qu'il en était bien le véritable père. Si Salomon reconnut à ses cris la mère légitime de l'enfant qu'il voulait partager, le lecteur impartial jugera si ces accents ne sont pas ceux aussi d'une paternité légitime profondément émue.

Voici ce qu'Ozanam écrivait de l'Antignano le 1 9 juil let 1853 : « Tout ce que vous avez fait pour ma petite famille et pour moi, mon révérend Père, me touche moins que l'espérance que vous m'avez donnée pour

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