‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 267 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l'œuvre Saint-Vincent-de-Paul; cette chère Société est aussi ma famille, c'est elle après Dieu qui m'a conservé dans la foi quand j'ai quitté mes bons et pieux parents; je l'aime donc et j'y tiens par le plus profond de mon cœur : j'ai été tout joyeux d'en voir la bonne semence germer et prospérer dans cette terre de Toscane.

« Mais surtout j<; lui ai vu faire tant de bien, soutenir dans la vertu un si grand nombre de jeunes gens, animer dans un plus petit nombre un zèle si merveilleux ! Nous avons des conférences à Québec et à Mexico ; nous en avons à Jérusalem ; nous avons même assurément une conférence en paradis , car plus de mille des nôtres, depuis. vingt ans que nous existons, ont pris le chemin d'une meilleure vie. Comment donc n'aurions-nous pas une conférence à Sienne, qu'on appelait Y antichambre du paradis? Comment dans la ville de la sainte Vierge ne verrions -nous pas réussir une œuvre qui a la sainte Vierge pour première patronne? Et surtout comment ne réussirions-nous pas au collège Tolomei, où notre jeune rejeton croîtra sous, votre main , à l'ombre , sans les inconvénients d'une publicité précoce ?

« Vous avez des enfants riches : ô mon Père, l'utile leçon pour fortiGer ces cœurs amollis, le bienfaisant spectacle de leur montrer les pauvres , de leur montrer Notre-Seigneur Jésus-Christ, non seulement dans des images peintes par les plus grands maîtres , ou sur les autels éclatants d'or et de lumière , mais de leur montrer Jésus-Christ dans ses plaies et dans ses pauvres ! Nous avons souvent parlé de la faiblesse, de la frivolité , de la nullité des hommes môme chrétiens dans la no-

blesse de France et d'Italie. Mais je m'assure qu'ils sont ainsi , parce qu'une chose a manqué à leur éducation , il y a une chose qu'on ne leur a point enseignée , une chose qu'ils ne connaissent que de nom et qu'il faut avoir vu souffrir aux autres , pour apprendre à la souffrir quand elle viendra tôt ou tard : cette chose, c'est la douleur, c'est la privation, c'est le besoin. Il faut que ces jeunes seigneurs sachent ce qu'est la faim, la soif, le dénuement d'un grenier. Il faut qu'ils voient des misérables, des enfants malades, des enfants en pleurs. Il faut qu'ils les voient et qu'ils les aiment ; ou cette vue réveillera quelque battement dans leur cœur, ou cette génération est perdue. Mais il ne faut jamais croire à la mort d'une jeune âme chrétienne ; elle n'est pas morte, mais elle dort.

« Mon cher et respectable ami, je vous envoie, dans le bulletin de la société de Saint-Vincent-de-Paul, une excellente instruction sur la formation des conférences dans les maisons d'éducation. Assurément votre expérience n'a pas besoin d'être éclairée, et vous pourrez adapter notre petite œuvre à votre grande maison , sans cesser de nous être uni et de faire gagner à vos élèves les riches indulgences accordées à la société de Saint- Vincent-de-Paul. Bientôt, vos meilleurs jeunes gens, divisés en petites escouades de trois , de quatre , accompagnés d'un maître, vont monter l'escalier de l'indigent ; vous les verrez revenir à la fois tristes et heureux : tristes du mal qu'ils auront vu, heureux du bien qu'ils auront fait. Quelques-uns s'y porteront peut-être froidement , sans intelligence ; mais d'autres s'y embraseront d'un feu qu'ils iront porter dans des villes où les

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