‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 269 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

chés qui lui ont causé tant de souffrances, je ne puis retenir mes larmes. »

On ne le savait que trop, hélas! le mal était sans remède, mais un pensa qu'il serait moins amer au pauvre malade de rendre le dernier soupir au sein de la patrie, s'il était possible de le conduire jusque-là, que de mourir sur la terre étrangère. Son état était si grave que les médecins hésitèrent longtemps avant de se prononcer. On décida enfin qu'il fallait l'embarquer au plus tôt pour Marseille.

Tous les préparatifs étaient faits: on se mit en devoir de quitter l'Antignano la veille du mois de septembre. Mais avant d'abandonner sa demeure pour monter en voiture , Ozanam s'arrêta sur le seuil de la porte , ôta son chapeau, et jetant un dernier regard sur cette chambre qu'il aimait, parce qu'il y avait souffert : « Mon Dieu! s'écria-t-il, je vous remercie des souffrances et des afflictions que vous m'avez données dans cette maison; acceptez -les en expiation de mes péchés. » Puis, se tournant vers sa femme bien-aimée : « Je veux qu'avec moi tu bénisses Dieu de mes douleurs. » Et, se jetant dans ses bras, il ajoutait: « Je le bénis aussi des consolations qu'il m'a données. »

A peine fut-il monté sur le pont du vaisseau qui devait nous ramener en France, et installé sur un fauteuil , qu'il reçut une multitude de visites de la part des ecclésiastiques et des amis qui étaient allés le voir pendant sa maladie , de la part des membres de la société de Saint -Vincent - de - Paul , empressés de lui serrer la main encore une fois. Mais la fatigue de ces réceptions et de ces adieux était au-dessus de ses forces ;

on fut obligé , pour l'y soustraire et pour lui donner un peu de repos, de le faire descendre dans sa cabine, où il se coucha.

11 y resta jusqu'au lendemain matin. Comme nous étions, de tous les membres de la famille, le moins fatigué par le mal de mer, nous passâmes toute la nuit auprès de lui , et elle fut assez agitée. Lorsque le jour parut, nous étions à Bastia. On profita de quelques heures de relâche pour lui dresser un lit sur le pont ; une fois en route, il se mit à considérer avec bonheur les beautés de la mer, aussi calme qu'un lac, et les rivages poétiques de l'Italie qu'il avait passionnément aimés et qui fuyaient derrière lui. Dès qu'il aperçut les côtes de la Provence , il éprouva une grande joie de revoir sa patrie, hélas! même pour y mourir.

Le vaisseau faisait son entrée dans le port de Marseille lorsque Ozanam aperçut sa belle -mère et la famille de sa femme , qui étaient accourues pour le recevoir. En mettant pied à terre , il leur dit : « A présent que j'ai remis Amélie entre les mains de qui elle doit être , Dieu fera de moi ce qu'il voudra. »

11 eût encore désiré revoir Paris : Paris, où tant de souvenirs l'attachaient, où ses amis et sa gloire l'eussent si pieusement accueilli. Mais ce vœu ne fut pas exaucé. Dieu , dans sa miséricorde , l'en dédommagea en lui retirant les angoisses du grand passage. Il parut ne plus souffrir autant, et toutes ses inquiétudes disparurent depuis qu'il eut touché la terre de France. Un calme qui n'était ni celui de la vie, ni celui de la mort, succéda à son agitation habituelle.

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