‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 270 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Il se coucha aussitôt en arrivant ; ce fut, hélas ! pour ne plus se relever. Quoique possédant toujours la plénitude de ses facultés, il gardait presque constamment un profond silence. Toutefois, le prêtre consolateur qui l'assistait, cherchant à l'exciter à la confiance en Dieu, il lui répondit : « Eh ! pourquoi le craindrais-je ! je l'aime tant ! » Il reçut dans ces dispositions les derniers sacrements de l'Église, dont il avait été le serviteur fidèle et l'intrépide défenseur pendant toute sa vie.

Ce devoir rempli , le coma , triste indice de l'épuisement des forces, s'empara de lui. Il se réveillait de temps à autre pour prononcer quelque oraison jaculatoire, pour remercier et bénir ceux qui le servaient, et retombait aussitôt dans son assoupissement.

A peine était-il arrivé à Marseille que les membres de la société de Saint-Vincent-de-Paul, avec lesquels il s'était mis en rapport lorsqu'il se rendait en Italie , et qui dans ce court passage avaient su néanmoins l'apprécier, accoururent pour s'informer de ses nouvelles. Ils sollicitaient avec instance de le voir encore une fois , et s'offrirent même à passer les nuits à son chevet. Mais, malgré l'intérêt si touchant qu'ils témoignaient pour le pauvre malade, l'état d'Ozanam était trop grave pour qu'on pût céder à leur désir. D'ailleurs, la triste consolation de servir Frédéric jusqu'à ses derniers moments fut uniquement réservée à sa femme , à sa bellemère, à notre frère le docteur Charles , à nous , et à sa fidèle domestique Marianne Millet, qui l'avait suivi et entouré de ses soins les plus assidus et les plus dévoués pendant tout ce long et pénible voyage. Nous passions tour à touries nuits auprès de lui. Le 8 septembre,

jour de la Nativité de la sainte Vierge, aucun symptôme plus alarmant qu'à l'ordinaire ne s'était manifesté. Cependant, vers les sept heures et demie du soir, tandis que nous veillions à son chevet, la respiration d'Ozanam ne tarda pas à devenir laborieuse et moins régulière. Nous l'observâmes alors avec une grande attention. 11 ouvrit les yeux, souleva les bras , et s'écria d'une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi! » C'était presque la prière de Jésus expirant sur la croix. Ce furent ses dernières paroles; l'agonie commença. Sa femme la première, puis toutes les personnes de la maison se jetèrent à genoux. Aussitôt nous récitâmes les prières de la recommandation de l'âme, auxquelles chacun répondait comme il pouvait , au milieu des sanglots. Les prières achevées, il se fit un grand silence interrompu seulement par nos larmes. Il était huit heures moins dix minutes du soir lorsque Frédéric exhala un long soupir qui fut le dernier. Notre excellent frère n'était plus ! . . .

La vierge Marie, pour célébrer solennellement le jour de sa bienheureuse naissance, avait voulu faire entrer dans l'éternelle gloire l'un de ses plus chers enfants.

Accablé par notre douleur et par celle de toute la famille, il fallut pourtant s'occuper de rendre les derniers devoirs à celui que nous pleurions. On demanda d'abord un modeste service , réservant pour Paris des funérailles plus dignes de lui, car on avait l'intention d'y faire transporter ses restes mortels. De nombreuses démarches étaient nécessaires pour obtenir l'autorisation et l'accomplissement de ce dessein. Heureusement

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