CHAPITRE XXIII
la Providence nous envoya M. Pascal, président des conférences de Saint- Vincent-de-Paul de Marseille, et pharmacien chimiste des plus distingués de cette ville. Malgré la multitude de ses occupations personnelles, il nous prodigua son assistance avec un incomparable dévouement ; et comme nous lui exprimions notre étonnement et notre reconnaissance pour tout le temps qu'il nous consacrait, il nous répondit avec une admirable simplicité : « Je travaille la nuit à mes propres affaires , pour être libre le jour de faire celles des amis qui ont besoin de moi. Mes propres malheurs m'ont appris à compatir à ceux des autres. »
Grâce à son activité, à ses intelligents efforts, nous obtînmes tout ce que nous pouvions désirer. On avait fait courir le bruit qu'Ozanam succombait à une maladie de poitrine. Les médecins les plus célèbres de Marseille, MM. d'Astros et Chapplain, examinèrent attentivement ses poumons ; ils n'y trouvèrent aucune trace de phtisie, mais ils constatèrent que le rein droit était presque entièrement détruit par une inflammation lente, et que c'était à cette terrible affection qu'il fallait attribuer sa mort. M. Pascal voulut déposer lui-même le corps dans un cercueil de plomb et l'entourer des préparations chimiques nécessaires pour empêcher la décomposition.
La famille de Mmo Soulacroix, qui résidait à Marseille, nous fut à tous, et surtout à notre belle-sœur, veuve si jeune encore, du plus grand secours, par les prévenances les plus délicates et par toutes les consolations dont elle s'empressa de nous entourer.
Nous partîmes bientôt pour Paris, et les restes de
notre cher Frédéric ne tardèrent pas à y arriver après nous Nous avions tout disposé pour ses funérailles, qui eurent lieu dans l'église de Saint-Sulpice. Nous n'espérions pas une nombreuse assistance , on était à une époque où chacun est en voyage ou à la campagne. Toutefois, nos prévisions furent heureusement trompées ; un immense cortège d'ecclésiastiques, de parents, d'amis, de membres de la société de Saint-Vincentde-Paul, de pauvres, de savants, de professeurs de faculté, s'empressèrent d'assister au service funèbre. Dans toutes les âmes étaient une sympathie affectueuse , une tristesse profonde, un recueillement digne de celui qui l'inspirait. Puis on s'achemina vers une salle souterraine où le corps fut provisoirement déposé. Quelques flambeaux éclairaient cette foule, descendue par un petit escalier, sous une voûte obscure qui rappelait les catacombes. M. Yictor Leclerc, doyen de la faculté des lettres, en présence de ses confrères, au milieu des disciples et des amis qui se pressaient autour du cercueil, prononça avec une vive émotion un discours qui toucha tous tes cœurs; il se terminait ainsi :
« Et maintenant il ne nous reste d'autre consolation que de croire l'entendre, du fond de cette tombe, nous dire, avec le poète : « Ne pleurez pas, la mort c'est l'immortalité qui commence , et quand j'ai paru fermer les yeux, je les ouvrais à la lumière éternelle ; » ou dans le texte qu'il est permis de citer en parlant d'un académicien de la Crusca :
Di me non pianger lu, chè i miei di fersi, Morendo, etenii; e nell1 eterno lume, Quatido moslrai di çhiuder gli occhi, apersi.