‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 277 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

foi à la lumière nouvelle, sa ferveur studieuse qui passionne jusqu'à la grammaire, son ingénieuse tendresse qui rassemble et devine les premiers bégaiements du moyen âge, on est saisi d'une amère tristesse ; on se redit avec douleur que tant de savoir et d'intelligence, tant de dons heureux n'ont pas achevé leur œuvre, que ce rare et brillant écrivain qui grandissait en sagesse impartiale et en sentiment profond du vrai et du beau, n'a guère atteint que la moitié delà vie, et a été moissonné dans le progrès de sa force et le rèvô de tous les travaux §j purs qu'embrassaitsonambitiond'étude, etque sa pensée croissante avec le travail promettait d'accomplir. Devant de tels progrès et un tel mécompte pour les lettres, c'est une trop faible consolation, mais une grande justice , d'offrir à Ozanam , sur sa tombe , le nouveau prix fondé à V honneur de la haute littérature. Jamais la condition qu'exprime ce mot ne sera mieux remplie. »

Les Lyonnais , qui n'avaient pu obtenir de posséder la dépouille mortelle d'Ozanam, voulurent néanmoins élever un monument à sa mémoire. Ses amis et ses disciples ne crurent pas qu'il y en eût un plus digne de lui que la publication de ses œuvres, en grande partie inédites. Ils ouvrirent une souscription, bientôt couverte de deux cent vingt- deux signatures. Toutes les classes de la société entendirent cet appel On voit figurer sur cette liste d'honneur des prélats, des médecins, des magistrats, des professeurs, des commerçants et un nombre assez considérable de membres de l'Institut. Enfin, ses concitoyens voulant lui donner tous les témoignages d'estime et d'affection en leur pouvoir, imposèrent son nom à une rue nouvelle du quartier des

Chartreux, et firent sculpter son buste, en marbre, pour le placer dans la salle des séances de l'académie de Lyon.

Frédéric Ozanam partage avec les hommes les plus humbles et les plus distingués le signe frappant de la vraie grandeur : « sa gloire s'accroît à mesure que sa vie s'éloigne. »

On lira, nous le croyons, avec intérêt, l'expression de ses dernières volontés :

Extrait du testament de Frédéric Antoine Ozanam, décédé à Marseille le 8 septembre 18o3 , jour de la fêle de la Nativité de la très sainte Vierge.

« Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

« Aujourd'hui, vingt-trois avril mil huit cent cinquante-trois, au moment où j'accomplis ma quarantième année, dans les inquiétudes d'une maladie grave, souffrant de corps, mais sain d'esprit, j'ai écrit en peu de mots mes dernières volontés , me proposant de les exprimer plus complètement lorsque j'aurai plus de force.

« Je remets mon âme à Jésus-Christ mon Sauveur; effrayé de mes péchés, mais confiant dans l'infinie miséricorde, je meurs au sein de l'Église catholique , apostolique et romaine.

« J 'ai connu les doutes du siècle présent , mais toute ma vie m'a convaincu qu'il n'y a de repos pour l'esprit et le cœur que dans la foi de l'Kglise et sous son autorité. Si j'attache quelque prix à mes longues études,

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c'est qu'elles me donnent droit de supplier tous ceux que j'aime de rester fidèles aune religion où j'ai trouvé la lumière et la paix.

« Ma prière suprême à ma famille, à ma femme, à mon enfant, à mes frères et beaux-frères, à tous ceux qui naîtront d'eux, c'est de persévérer dans la foi, malgré les humiliations, les scandales, les désertions dont ils seront témoins.

« A ma tendre Amélie , qui a fait la joie et le charme de ma vie , et dont les soins si doux ont consolé depuis un an tous mes maux, j'adresse des adieux courts comme toutes les choses de la terre. Je la remercie, je la bénis et l'attends. Au ciel seulement je pourrai lui rendre autant d'amour qu'elle en mérite. Je donne à mon enfant la bénédiction des patriarches , au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Il m'est triste de ne pouvoir travailler plus longtemps à l'œuvre si chère de son éducation, mais je la confie sans regret à sa vertueuse et très aimée mère. A mes frères Alphonse et Charles toute ma reconnaissance pour leur affection ; à mon frère Charles particulièrement , pour toute la sollicitude que lui a causée ma santé. A ma mère, Mme Soulacroix, à Charles Soulacroix, rendez -vous auprès de ceux que j'ai pleures avec eux. J'embrasse dans une seule pensée tous mes parents et amis que je ne puis nommer ici. Cependant je veux que mon oncle Haraneder, mes cousins Jaillard, M. Noirot , et M. Ampère , à qui je dois tant, Henri Pessonneaux, Lallieret Dufieux, mes plus anciens amis, trouvent ici un souvenir. Je remercie encore une fois tous ceux qui m'ont rendu service. Je demande pardon de mes vivacités et de mes

mauvais exemples. Je sollicite les prières de tous les miens, de la société de Saint- Vincent-de-Paul, de mes amis de Lyon.

« Ne vous laissez pas ralentir par ceux qui vous diront : 77 est ait ciel; priez toujours pour celui qui vous aime beaucoup, mais qui a beaucoup péché. Aidé de vos supplications, chers bons amis, je quitterai la terre avec moins de crainte.

« J'espère fermement que nous ne nous séparerons point, et que je reste avec vous jusqu'à ce que vous veniez à moi.

« Que sur vous soit la bénédiction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »

« Pise, le 23 avril 1853.

« J'ajoute ici les plus tendres remerciements pour les frères Bevilacqua, M. le docteur Prato et le révérend M. Mazzucco4, qui m'ont comblé de leur amitié. Dieu seul peut les en récompenser dignement. »

« A l'Antignano, 18 août 1753. »

1 M. Mazzucco était alors supérieur des, lazaristes de Livourne.

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