CHAPITRE XXIV
Ozanain ; son caractère, ses vertus. — Détails qui n'ont pu trouver place dans le récit de cette vie si pleine et si saintement remplie.
Malgré l'étendue de cette biographie , on nous permettra d'y ajouter certains traits qui aideront encore à faire mieux connaître celui que nous avons essayé de peindre en quelque sorte par lui-même, c'est-à-dire par ses œuvres. En écrivant ces pages, d'ailleurs, il nous semble le voir revivre , et plus nous prolongeons ce récit, plus cette douce illusion se continue et nous console.
Généralement on aime à se faire une idée du physique des hommes qui ont laissé après eux une certaine célébrité. On revêt alors leurs talents et leurs vertus d'une enveloppe calquée sur la beauté de l'esprit et de l'âme du sujet distingué dont on veut se représenter l'image. Malheureusement, pour les imaginations ardentes, lés portraits qu'elles composent de la sorte sont
presque toujours fort éloignés de la ressemblance et de la vérité . Qui pourrait, par exemple, se figurer jamais saint Vincent de Paul sous une forme aussi lourde, aussi épaisse , aussi peu gracieuse que celle dont les peintres les plus fidèles nous offrent l'image, du moins dans sa vieillesse?
Il est donc impossible à ceux qui n'ont pas eu le bonheur de voir et de connaître Ozanam pendant sa vie, de se faire une idée de sa personne. Ses traits n'avaient d'autre expression que celle des sentiments qui agitaient son âme. De là cette mobilité qui a fait le désespoir de tous les artistes qui ont essayé de les saisir et de les reproduire. Aucun de ses portraits ne lui ressemble complètement '.
Toutefois, si le pinceau est resté impuissant, il n'en est pas ainsi de la plume de M. Caro, aujourd'hui académicien , autrefois son élève au collège Stanislas , ainsi que nous l'avons déjà dit ailleurs. Nous nous permettrons de lui emprunter la page où il dépeint avec tant de vérité celui que nous désirons montrer à nos lecteurs tel qu'il était :
« Ozanam n'avait pour lui rien de ce qui prédispose en faveur d'un homme, ni la beauté, ni l'élégance, ni la grâce. Sa taille était médiocre, son attitude gauche et embarrassée ; des traits incorrects , un teint pâle , une extrême faiblesse de vue, qui donnait à son regard quelque chose de troublé et d'indécis, une chevelure longue et en désordre lui composaient une phy-
1 Celui que nous mettons en tète de ce livre nous a paru le plus fidèle. Il est dû à l'habile crayon d'un peintre des plus distingués de notre époque, M. Janmot, de Lyon, ami d'enfance d'Ozanani.