‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 28 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

d'Ozanam pour cet art, elle nous découvre l'enjouement de son caractère, au milieu des travaux les plus sérieux et les plus arides, du moins en apparence.

Il est vrai de dire que les fortes et profondes études , en estime autrefois, rendaient le grec et le latin aussi familiers que sa propre langue; le cercle des lectures se trouvait alors singulièrement agrandi. Au lieu de lire seulement, comme aujourd'hui, de faibles traductions, on puisait dans la source première, et l'on trouvait dans les originaux des beautés insaisissables lorsqu'elles passent dans un autre idiome ; semblables à ces Heurs exotiques que l'on arrache à leur pays natal pour les cultiver dans des serres, et qui s'étiolent , perdent leur parfum et deviennent méconnaissables .

Les langues anciennes n'étaient pas les seules cultivées par notre mathématicien. Ses nombreuses citations d'ouvrages anglais et italiens semblent prouver qu'il possédait encore ces deux langues. Quant à la dernière, il est difficile d'en douter. En effet, en parlant de la mouche luisante , qui excitait au plus haut degré son admiration, il donne la traduction presque littérale d'un passage puisé dans un livre italien , composé pa r un dominicain, intitulé: Dicerie poetiche ciel P. F. Tomaso Caraffa domenicano. — Lucciola, C. 120.

Selon ce bon dominicain , ces charmants insectes sont : vivace baleno , fiavola alata , animata Stella , superni piropi, celesti f avilie, lumiera spiritosa } piryoleta cometa , volanti fuochi, nativi lumi. Ozanam traduit ainsi : « Les mouches luisantes sont des feux célestes qui descendent sur la terre, de petites comètes errantes, des éclairs fixes et consistants , des flambeaux

organisés, des étoiles vivantes, des insectes allumés, des escarboucles qui volent, des étincelles animées, des allumettes naturelles, des lampes suspendues, des chandelles ailées. »

Enfin on trouve encore dans les Récréations mathématiques, à l'appui de notre opinion, un traité des horloges élémentaires , traduit de l'italien de Dominique Martinelli.

A toutes ces connaissances il joignait un esprit méthodique et pratique. Le but des sciences pour lui était moins les inventions nouvelles et la gloire qui en peut revenir, que de modifier et perfectionner leur application pour les rendre plus utiles. Toutes ses œuvres sont marquées à ce sceau.

Nous n'avons encore parlé des ouvrages de Jacques Ozanam que pour y découvrir les trésors de foi, de piété, d'érudition prodigieuse qu'ils révèlent. Il est temps d'entrer dans quelques détails techniques, et d'énumérer au moins les oeuvres de cet esprit si riche et si fécond.

« Elles ne roulent toutes , comme le dit Fonteneïle, que sur l'ancienne géométrie, mais approfondie avec beaucoup de travail. La nouvelle n'y paraît point, celle qui par le moyen de l'infini s'est élevée si haut ; elle était beaucoup plus jeune qu'Ozanam. Il est vrai que l'ancienne, qui est moins sublime , moins piquante et même moins agréable , est plus indispensablement nécessaire, et plus sensiblement utile. Elle seule, du reste, fournit à la nouvelle des fondements solides. »

Audierne, mathématicien distingué de xvuie siècle, qui a commenté plusieurs ouvrages d'Ozanam, ne craint

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