‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 280 sur 313 · CHAPITRE XXIV 5o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV 5o

jette à une infinité de petites indispositions, Frédéric avait une excellente poitrine, un timbre de voix plein et sonore. Il était infatigable à la marche, comme nous l'avons dit ailleurs. 11 fallait bien encore qu'il eût une santé assez forte pour soutenir en plusieurs circonstances, et pendant plusieurs mois, des travaux de seize heures par jour, et pour y consacrer souvent une bonne partie de ses nuits. A part deux ou trois grandes maladies dont il fut atteint, il ne se trouva presque jamais forcé de suspendre ses occupations ni de garder la chambre.

Son tempérament éminemment nerveux le rendait très irritable et le portait à l'impatience ; mais toute sa vie , et même dès son enfance , il combattit avec courage ce mauvais penchant. Tout jeune encore, lorsqu'on venait à le contrarier, et qu'on le poussait à bout, il s'écriait d'une voix alarmée : « Finissez, finissez, vous allez me faire mettre en colère. » On conçoit qu'avec une disposition semblable, jointe à l'esprit de droiture et aux sentiments nobles et délicats que nos excellents parents nous avaient inspirés dès l'âge le plus tendre , Ozanam dut trouver, dans ses nombreux rapports avec des hommes de toute condition , de fréquentes occasions d'exercer sa patience. Elle lui échappait bien quelquefois comme à tout enfant d'Adam ; mais, le premier mouvement passé, il en devenait tout confus, s'en repentait amèrement, et réparait généreusement sa faute en allant humblement présenter ses excuses à ceux qu'il croyait avoir offensés. Plusieurs fois nous ayons été témoin nous -même de ces scènes édifiantes; nous n'en citerons qu'un seul exemple : Un

Italien , auquel il s'était intéressé , avait abusé de sa protection. Lorsqu'il revint se présenter à lui, Ozanam l'accueillit fort mal et le renvoya avec humeur; mais à l'instant même il en eut du remords ; il prit aussitôt son chapeau, courut après lui, le rejoignit et lui donna avec l'aumône une preuve de la peine qu'il éprouvait de lui avoir parlé un peu rudement. « Il ne faut jamais , dit-il ensuite , réduire un homme au désespoir. On n'a pas le droit de refuser un morceau de pain au plus vil scélérat. Il ajoutait que lui-même un jour aurait besoin que Dieu ne fût pas inexorable pour lui, comme il venait de l'être pour une de ses créatures rachetées au prix de son sang. »

Par malheur son esprit était toujours inquiet et indécis, ce qui lui permettait rarement de jouir en paix des courts instants de bonheur si clair-semés dans sa vie. Un jour, entre autres , le voyant triste et abattu, nous lui représentions toutes les raisons qu'il avait de se trouver heureux ; il nous répondit : « C'est vrai , mais c'est précisément parce que je suis trop heureux que je crains quelque malheur imminent, l'un étant presque toujours le précurseur de l'autre. »

Quoique profondément instruit en religion, la délicatesse de sa conscience allait jusqu'au scrupule, en lui inspirant une crainte exagérée d'offenser Dieu. Ses inquiétudes le rendaient malheureux et le privaient parfois de cette sainte liberté qui sait mêler une certaine aisance et une douce joie à l'accomplissement fidèle de la loi du Seigneur.

Son caractère indécis le rendait très sévère pour luimême, quoique fort tolérant pour les autres. Lorsqu'il

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