CHAPITRE XXIV o
prétendait que le rôle des femmes chrétiennes était « quelque chose d'analogue à celui des anges gardiens . Elles peuvent conduire le monde , mais en restant invisibles comme eux. »
Ozanam tenait à célébrer la fête de chacun des membres de la famille; c'était l'une de ses meilleures joies; et fallût-il s'imposer quelque gêne, ou même un voyage fatigant pour se trouver au rendez -vous, il n'hésitait pas un instant. Chercher quel modeste présent pourrait être agréable à la personne fêtée était pour lui l'une de ses plus douces préoccupations. Ces petites solennités domestiques lui paraissaient une sorte de devoir; il y voyait, en effet, avec raison, un moyen de resserrer de plus en plus les liens précieux que le sang avait formés.
« Quoiqu'il fût très sobre , et que souvent même il ne s'aperçût pas de ce qui lui était servi , il avait à cœur que, le dimanche et les jours de fête, il y eût sur la table quelque mets plus délicat que de coutume . C'était lui qui le commandait d'ordinaire , ou même qui l'apportait. Etranger à toute idée de luxe , peu soigneux de son vêtement, content des plus simples meubles, il attachait du prix à un bouquet de fleurs ; il aimait à en avoir auprès de lui, sur son bureau.
« Le 23 de chaque mois, date chère à sa mémoire, parce que c'était celle de son mariage, il ne manquait jamais d'offrir à sa femme quelques plantes fleuries. Même à la veille de sa mort, il n'oublia point de le faire ; et le 23 août qui la précéda, étant encore au village de l'Antignano , il envoya chercher une branche de myrte qu'il avait remarquée au bord de la mer,
pour la donner à celle qui , depuis douze ans , charmait et fortifiait sa vie *. »
Nous croyons devoir ajouter à ce que nous venons de dire sur l'amour d'Ozanam pour la vie de famille, les sentiments élevés et éminemment religieux que lui inspirait la paternité. On en jugera par les deux passages suivants que nous trouvons dans ses lettres : « Je suis père! nous avions beaucoup prié, nous faisions prier encore, jamais nous n'avions plus senti le besoin d'une assistance divine ! Nous avons été exaucés au delà de nos espérances. Ah! Monsieur, quel moment que celui où j'ai entendu le premier cri de mon enfant , où j'ai vu cette petite créature immortelle que Dieu remettait entre mes mains! qui m'apportait tant de douceurs et aussi tant d'obligations! Avec quelle impatience j'ai attendu l'heure de son baptême ! Nous lui avons donné le nom de Marie , qui était celui de ma mère , et en mémoire de la puissante patronne à l'intercession de laquelle nous attribuons cette heureuse naissance. Maintenant, la mère, à peu près rétablie, a la consolation d'allaiter son enfant ; c'est un plaisir bien laborieux , mais bien vif. Ainsi nous ne perdrons pas les premiers sourires de notre petit ange. Nous commencerons son éducation de bonne heure, en même temps qu'il recommencera la nôtre; car je m'aperçois que le Ciel nous l'envoie pour nous apprendre beaucoup et nous rendre meilleurs. Je ne puis voir cette douce figure, toute pleine d'innocence et de pureté, sans y trouver l'empreinte sacrée du Créateur, moins effacée qu'en nous. Je ne
1 Biographie d'Ozanam, par le" P. Lacordaire, Œuvres complètes d'Ozanam, t. I , p. 7a, l'« étlit.