CHAPITRE XXIV
thodoxie est le nerf et la force de la religion, et que, sans cette condition vitale, tonte associa/ion catholique est impuissante. Il ajoutait , dans sou testament , •< qu'il n'y a de repos pour l'esprit et le cœur que dans la foi de l'Eglise et sous so?i autorité. »
Après sa mort seulement , les exagérations et les erreurs du catholicisme libéral arrivèrent à ce point , qu'elles furent condamnées dans le Syllabus et plusieurs fois encore par Pie IX, le plus libéral peut-être de tous les papes.
Yoici ce qu'écrivait le P. Lacordaire au sujet de la tolérance que professait Frédéric :
« Ozanam, au jour de son baptême invisible, avait reçu Tliuile avec le vin, et ces deux sources nées en lui le même jour l'avaient fait croître en grâce devant Dieu et devant les hommes. On a beau lire les pages qu'il nous a laissées, on a beau se rappeler ses actes et ses discours, on n'y découvre ni la colère qui se venge, ni l'amertume qui s'accroît en se répandant, ni le mépris qui brave, ni l'ironie qui se moque sous prétexte d'instruire ou de corriger. Sans abaisser jamais l'Église devant le monde, il tient d'une main généreuse, parce que c'est la charité qui le guide , le sceptre tout-puissant de la vérité. Il plaint plus qu'il n'accuse, il pardonne plus qu'il ne condamne, et, toujours invincible sous le bouclier, il tempère dans son épée la force qu'il y sent, de peur d'achever la mort en quelque âme qui peut encore vivre ' . »
Miis lorsqu'il s'agissait des personnes, l'indulgence
1 Biographie^ d' Ozanam , t. I. CËSuvrei complètes d'Gzanam» lrc édit.
d'Ozanam n'avait, pour ainsi dire, plus de bornes. Si l'on disait devant lui , en parlant d'un coupable : C'est un homme perdu, il aimait à répondre : « Après cela, je crois que le bon Dieu a un secret, et, s'il a un secret, soyez sûr que c'est un secret de miséricorde. » Sa tolérance n'avait rien de commun avec la faiblesse : c'était, comme le dit avec beaucoup de raison son célèbre ami M. Ampère, «une libéralité de vues qui lui faisaient reconnaître des sympathies même en dehors du camp dans lequel il combattait; c'était une connaissance intime des hommes, qu'une patience douce et discrète finira toujours par désarmer ; c'était l'imitation touchante de Notre-Seigneur, qui ne brisa jamais le roseau courbé , qui n'éteignit pas la lampe encore fumante. »
En effet, dans le discours que prononça Ozanam au cercle catholique en 1843, pour recommander la modération dans la polémique chrétienne , après avoir invité à la tolérance envers ceux qui doutent, par l'exemple de saint Basile, entretenant une touchante correspondance avec le sophiste Libanius, entourant de toute la piété filiale d'un disciple son vieux maître païen dont il ne désespéra jamais, l'orateur, fidèle à l'esprit de ce grand saint, ajoutait : «Beaucoup ressentent amèrement la douleur de ne pa^ croire; on leur doit une compassion qui n'exclut pas l'estime. Il serait habile, quand il ne serait pas juste, de ne les point rejeter dans la foule décroissante des impies, et de distinguer entre les étrangers et les ennemis. » Les rapports fréquents qu'il avait eus avec un grand nombre de savants lui avaient appris à .connaître beaucoup à' habitudes chrétiennes , de souvenirs salutaires, de disposi-