‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 285 sur 313 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

tions favorables , comme il l'écrivait délicatement , chez ceux qui n'étaient pas avec lui, à estimer « ces esprits laborieux qui, sans avoir la foi, l'ont servie du moins par la droiture et la solidité de leur science ».

La lettre qu'il écrivit à M. Ernest Navet , l'un de ses collègues, offre un admirable modèle de ces principes réduits en pratique '.

Avec un cœur si tendre et si aimant pour tous ceux qui l'entouraient, si compatissant pour ceux qui s'étaient égarés dan> les sentiers de l'erreur, est- il étonnant qu'Ozanam ait eu toute sa vie un dévouement sans bornes pour les pauvres? Le germe en avait été puisé, il est vrai, dans le cœur de son père et de sa mère, qui rivalisaient de zèle pour voler au secours des indigents. Dès ?a plus tendre enfance, Frédéric s'apitoyait sur le sort malheureux des petits ramoneurs dont le cri se faisait entendre pendant l'hiver. Plus tard la foi vint surnaturaliser et développer cette précieuse sensibilité, qui n'était encore qu'un simple héritage accordé par la nature. Il voyait dans les pauvres les membres souffrants de Jésus- Christ, s'étudiant surtout à apporter dans le bienfait ces ménagements qui font oublier à l'assisté son infériorité apparente. Il cherchait encore à recueillir de ses visites charitables des leçons pour sa propre conduite : tantôt il admirait la patience et la résignation de ses protégés, tantôt il voyait dans leur dénuement la condamnation du luxe et du bien-être. L'instabilité des choses humaines lui apparaissait d'une manière frappante lorsqu'il rencontrait, ce qui n'était pas rare, des

1 Lettres , t. II, p. 261 , 2e édit.

familles déchues de leur ancienne prospérité; et il en concluait le détachement que l'on doit avoir des biens de ce monde ; puis remerciait la Providence de lui avoir épargné de semblables épreuves, à cause de sa faiblesse Ces études chrétiennes étaient précisément l'un des avantages les plus précieux qu'il faisait valoir auprès des jeunes gens appelés à faire partie de la société de Saint-Vincent-de-Paul .

Nous avons vu ailleurs que le service des pauvres fut l'une des principales préoccupations de toute sa vie , et nous avons dit avec quel zèle il travailla à établir et à développer sa chère Société ; ajoutons seulement ici quelques traits qui révéleront la délicatesse ingénieuse de sa charité.

Il ne manquait jamais, le jour de l'an, d'aller donner des étrennes à ses pauvres, voulant qu'ils eussent leur part des joies que la nouvelle année répand au sein de toutes les familles ; il poussait même encore plus loin ses attentions et ses prévenances. Il recueillait avec soin les jouets que sa fille avait reçus l'année précédente et les lui faisait porter aux enfants des indigents qu'il visitait. C'était pour elle une leçon de charité et un grand bonheur procuré aux pauvres petits qui les recevaient '.

« Le matin de l'un de ces jours, celui de 1852, il dit à sa femme qu'il connaissait une famille si malheureuse, qu'elle avait été obligée de mettre au mont-depiété sa commode de mariage, dernier reste d'une

1 Un grand nombre de conférences mit .suivi ce touchanl exemple. Aux premières séances de l'année il est fail une quête pour les étrennes des pauvres.

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