CHAPITRE XXIV 56V
infortune , s'empressa de s'adresser à toutes les conférences pour demander à leur piété une contribution que nul cœur n'aurait pu refuser. Quoiqu'on eût déjà fait appel deux fois à la charité de toute.» les conférences pour les malheureux inoniés du Rhône et de la Loire, la nouvelle quête, qui s'étendit jusque dans les régions les plus lointaines, réalisa en peu de mois 154,197 fr. Bien faible pour tant de maux, mais plus grande qu'on n'osait l'espérer, cette somme, recueillie par une Société à peine connue, sur tous les points du globe où se trouve une âme qui croit à Jésus -Christ, fut aussitôt dirigée sur l'Irlande, reçue et distribuée en grande hâte, recevant mille bénédictions.
Malgré tout le zèle qui animait Ozanam pour ses œuvres de charité, il était cependant loin de négliger pour cela les travaux de sa profession. Comment celui qui prononça, au collège Stanislas, dès le début de ?a carrière, cet admirable discours sur la puissance du travail1, aurait-il pu se contredire dans sa conduite? Persuadé, à juste titre, que le travail est une loi divine à laquelle personne ne peut se soustraire sans forfaire aux desseins et à la volonté de Dieu , il n'admettait pas qu'on travaillât par seule passion pour la science, ou bien encore pour le seul but de la richesse, du plaisir ou du repos, c'est-à-dire pour ne plus travailler un jour. « J'écris, disait-il, parce que hieu ne. m'ayant pas donné la force de conduire une charrue, il faut néanmoins que j'obéisse à la loi du travail, et que je fasse ma journée1. »
1 Œuvres complètes d'Ozanam . Mélanges , t. II , p. 1.
2 Introduction à l'histoire de la civilisation aux temps barbares.
Ozanam aimait à dire : Je gagne mon pain; et lorsque la maladie l'empêchait de travailler, il s'écriait avec douleur, comme son cher patron saint Vincent de Paul : « Misérable que je suis, je mange un pain que je n'ai pas gagné. » 11 pensait alors à Notre-Seigneur travaillant dans l'atelier de saint Joseph , et ce souvenir lui avait inspiré quelques vers charmants où il disait :
Je suis un ouvrier, un obscur mercenaire,
Qui travaille humblement dans l'atelier du Pore.
Hélas! il ne travailla que trop; ses douze ans de professorat et les nombreux ouvrages qu'il a laissés en mourant, à l'âge de quarante ans, montrent assez la justesse de cette parole du P. Lacordaire : « Ce n'est pas en vain que l'on veut devancer le temps, le temps se venge de ceux qui se passent de lui. » On peut dire en toute vérité qu Ozanam fut un martyr i!u travail.
Nous disons un martyr, car tous ses travaux s'accomplirent sous les inspirations de la foi; et presque au seuil de l'éternité , il a pu en toute vérité se i endre ce précieux témoignage : « Si une chose me console de quitter la terre avant d'y avoir fait ce que j'ai voulu, c'est que je n'ai jamais travaillé pour les louanges des hommes, mais pour le service de la vérité. » C'est ainsi qu'il ne se rendait à son cours qu'après avoir prié à genoux, pour ne rien dire de contraire à la vérité, ou dans le seul but de s'attirer des applaudissements.
Si nous remontons à la source de cette éminente pu-