CHAPITRE XXIV
reté d'intention, nous la trouverons dans les pieux exercices auxquels il se livra toute sa vie avec une constance inébranlable. La prière, les sacrements auxquels il participait au moins tous les huit jours, la méditation des choses divines, le soutenaient dans les hauteurs .-urnaturelles, malgré la préoccupation incessante de ?es travaux d'esprit. Chaque matin il lisait dans une bible grecque, et souvent même dans le texte hébreu , quelques versets ou quelques pages de l'Ecriture sainte, suivant que l'onction de Dieu le retenait plus ou moins sur ce qu'il avait lu. C'était la première demi-heure de sa journée. Il y avait ainsi puisé une connaissance efficace de la parole de Dieu.
11 était encore à Lyon lorsqu'il -s'imposa cette sainte habitude. Une circonstance singulière et piquante vint lui faire comprendre toute l'utilité de la méditation des saintes lettres et l'affermir dans cette pieuse pratiq e. Un ministre protestant qui avait sans doute apprécié le talent et le mérite du jeune professeur de droit commercial , pensa que s'il pouvait parvenir à le faire entrer dans le giron de son Eglise, il aurait fait une brillante conquête et une riche acquisition. Tout enchanté de ce beau projet , il se rend auprès d'Ozanam , brûlant d'espoir de le c nvertir. Après des préliminaires pleins de courtoisie et d'éloges sur la haute rapacité de celui dont il comptait déjà se faire un adepte, il entama une controverse sur les textes d'une bible traduite en français en 1700, par le savant ministre David Martin. Ozanam lui opposa le texte latin de la Yulgate, autrement ancien, puisqu'il a pour auteur saint Jérôme, qui vivait à la fin du ive et au commencement du ve siècle.
C'est la seule traduction que le saint concile de Trente ait déclarée authentique. Alors, avec ce ton mielleux que les prétendus réformés savent si bien prendre à l'occasion, sous prétexte de tolérance, notre pasteur crut éviter sa défaite en invoquant le texte grec, qui, selon lui, avait été mal traduit. Ozanam saisit aussitôt sa bible grecque, lui expliqua mot à mot les passages contestés, et lui démontra que saint Jérôme les avait parfaitement interprétés. Le pauvre ministre, confondu, prit le parti de se rejeter sur l'original même composé en hébreu, prétendant que les traducteurs en avaient faussé le véritable sens. Frédéric, qui avait encore sur son bureau la bible hébraïque, qu'il avait lue le matin, l'ouvrit et lui prouva de la manière la plus évidente que la Yulgate avait raison , et que c'était lui qui était dans l'erreur. Le pauvre ministre , complètement déconcerté par une science si étendue et si profonde, se retira honteux et confus, jurant, mais un peu tard, comme le renard de la fable, qiion ne l'y prendrait plus.
La piété d'Ozanam était cependant loin de se résumer en pratiques de dévotion ; mais il regardait celles-ci comme de puissants auxiliaires, indispensables pour tout homme qui veut vivre chrétiennement. 11 s'appliquait surtout à retracer dans sa conduite la vie de Notre- Seigneur, et celle de son cher patron adoptif saint Vincent de Paul. C'est à ces sources célestes qu'il avait puisé les grandes vertus fondamentales du christianisme : l'humilité, la charité, le sacrifice et le dévouement; ajoutons le zèle de la gloire de Dieu et l'amour de l'Église, et notre cher Ozanam sera peint tout entier. Il avait le cœur du prêtre dans une vie d'homme du