‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 289 sur 313 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

siècle ; il fut apôtre dans une existence laïque. Aussi , durant de longues années hésita -t- il entre la vie du mond« et la vie religieuse; nous avons déjà parlé plus haut de tous ses tourments à ce sujet ', des prières ardentes qu'il avait adressées au Ciel et de tous les soins que sa piété avait mis en œuvre pour connaître la volonté divine. Sa charité ne s'étendait pas seulement aux pauvres , auxquels il consacrait au moins la dime de ses dépenses; une aumône qui lui coûtait bien plus encore, était celle de son temps, la seule chose dont il fût avare ; et il n'hésitait pas à la faire de la meilleure grâce du monde, lorsqu'il s'agissait de donner des conseils aux jeunes étudiants qui allaient lui en demander.

Cinq fois par semaine, c'est-à-dire tous les jours où il n'avait pas à paraître. devant le public, sa porte leur était ouverte depuis huit heures jusqu'à dix heures du matin ; il s'entretenait longtemps avec eux, et, quoique dévoré souvent par l'ardeur du travail qu'il avait .été obligé d'interrompre, rien ne laissait percer l'impatience ou le regret. Nous n'en citerons à ce sujet qu'un exemple : c'est un souvenir qu'on nous communiquait hier, et qu'une date de plus de vingt-cinq ans n'a pu effacer. Un jeune abbé et M. Prévost-Paradol venaient de passer ensemble leur examen de licence es lettres avec une grande distinction. Ozanam avait été leur juge. Frappé de l'intérêt que ce dernier lui avait témoigné, le jeune ecclésiastique le pria de vouloir bien le recevoir pour lui donner ses conseils. Au jour et à l'heure indiqués,

il était chez le professeur, et recueillait avec avidité les excellents avis qu'il lui donnait pour ses études futures. Au moment le plus intéressant de la conversation, une personne entra et dit un mot à l'oreille d'Ozanam. Aus sitôt le jeune abbé se leva pour se retirer, car c'était l'heure du déjeuner, il ne voulait pas être indiscret. Son bienveillant interlocuteur le pria de se rasseoir pour écouter ce qu'il avait encore à lui dire. Deux fois encore, par délicatesse, le modeste ecclésiastique voulut se lever. Frédéric insista avec une rare bonté, lui disant en toute sincérité qu'il lui causait une véritable peine en le quittant ainsi. Cet aimable accueil d'un savant chrétien qui sacrifiait jusqu'à son repos pour lui être utile , fit une si profonde impression sur celui qui en était l'objet, qu'il nous dit : « Jamais je n'oublierai la bonne grâce avec laquelle M. Ozanam m'a reçu; j'ai trouvé ailleurs beaucoup de courtoisie, mais chez lui j'ai rencontré la charité chrétienne exercée envers un inconnu. »

Non, le jeune abbé n'était point un inconnu pour celui qui avait apprécié ses talents et pressenti . ses hautes destinées; c'était, en effet, l'homme de Dieu que l'Église de Versailles s'applaudit d'avoir aujourd'hui pour évêque, monseigneur Goux.

Nous avons dit qu'Ozanam avait un cœur d'apôtre; en effet, il ne négligeait aucune occasion de faire du bien. Souvent dans la discussion sa répartie était vive et spirituelle. Il nous raconta lui-même que, voyageant un jour en chemin de fer, il se trouva placé devant un conscrit qui, tout fier de son nouvel uniforme, avait entrepris une séduisante causette avec une jeune fille assise à

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