CHAPITRE XXV
sait de suivre. Il se trouve dans une lettre écrite à l'un de ses cousins qu'il conviait à être son collaborateur :
« Depuis que j'ai réfléchi sur le sort de l'humanité, une idée principale m'a toujours frappé : de même qu'une fleur contient dans son sein les germes innombrables des fleurs qui doivent lui succéder, de même le présent, qui vient du passé, contient l'avenir. Si donc il est \rai que l'humanité va subir une recomposition nouvelle à la suite des révolutions qu'elle éprouve, il faut reconnaître que les éléments de cette synthèse définitive doivent se retrouver dans le passé ; car on ne saurait admettre que la Providence ait laissé le genre humain assis durant six mille ans à l'ombre de l'erreur et de la mort, sans lumière et sans appui.
« F.n appliquant cette formule à la religion, nous dirons que l'homme étant un être essentiellement religieux , et la religion étant essentiellement nécessaire à son développement intellectuel et moral, il est impossible qu'il soit resté un siècle seulement dans l'ignorance ou dans l'erreur sur un sujet aussi grave. D'un autre côté, pouvait -il par ses propres forces arriver bientôt à la "vérité religieuse? Non, puisque, au bout de quatre mille ans, Aristote et Platon, les deux plus grands génies qui aient jamais existé , étaient encore bien loin de posséder des idées pures, et ce qu'il y a de mieux dans Platon , ce sont les traditions qu'il a copiées. D'ailleurs, les besoins physiques, absorbant l'attention, ne laissaient point de part aux réflexions philosophiques. Enfin il est prouvé que, sans l'éducation, l'homme reste confiné dans le monde matériel, qu'à l'éducation seule il appartient de l'élever aux idées
morales. Cette éducation, transmise de père en fils, de qui le premier père la tenait-il? De là, la preuve d'une révélation primitive.
Nnnc anirais opus, JEneà, nunc pectorc firrao.
« Donc, cette question de droit : Quel est l'avenir religieux de l'humanité? se développe , s'éclaircit , et fait place à cette question de fait : Quelle fut la religion primitive?
« Ici , il faut s'armer de courage et de résolution pour d'immenses recherches , car voici que nous allons faire le tour du monde. Il s'agit de décrire toutes les religions des peuples de l'antiquité et des peuples sauvages (lesquels sont aussi à notre égard antiques , primitifs). Il s'agit de réunir dans un vaste tableau toutes les croyances et leurs phases; j'appelle ce premier travail hier o graphie.
« Nous avons acquis la connaissance des faits, il faut en déterminer les rapports , il faut reconnaître la généalogie, la parenté des religions diverses, comment les croyances mères se sont divisées en sectes, en branches multipliées ; cette œuvre, je la nomme symbolique.
« Enfin , il reste à rechercher les causes de cette innombrable variété ; il faut exprimer chaque mythe pour en découvrir l'aspect et le sens ; découvrir sous le voile de l'allégorie le fait ou le mystère qui s'y cache, et, mettant d'un côté tous les éléments secondaires, variables, relatifs aux temps, aux lieux, aux circonstances, recueillir, comme l'or au fond du creuset, Té-