‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 295 sur 313 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lément primitif, universel : le christianisme ; ceci est X herméneutique

« Et ces trois sciences, l'une de faits, la seconde de rapports, la troisième de causes, se confondent en une seule, que je nomme mythologie.

« Élaborée ainsi dans un ordre analytique et rationnel, cette science, arrivée à son terme, peut se présenter sous la forme de synthèse ou d'histoire.

« Alors s'offriraient aux regards, sur les premiers plans, la création de l'homme et la révélation primitive, puis le péché et la corruption de la croyance ; enfin les développements et les subdivisions de chacune de ces sources altérées , et la permanence de la tradition de la loi mosaïque jusqu'au jour du Christ.

« Et là , si la mort ou la vieillesse ne nous ont point encore arrêtés, là s'élève la grande figure du christianisme dans toute sa splendeur. Le Christ, la philosophie de sa doctrine présentée comme la loi définitive de l'humanité , puis sa glorieuse application durant dixhuit siècles, et enfin la détermination de l'avenir.

« Magnifique trilogie, où viendraient se retracer l'origine du christianisme, sa doctrine, son établissement, ou , si tu veux , le laborieux enfantement de l'humanité , l'exposition de la loi qui doit la régir, et ses premiers pas dans la loi divine.

« Tu comprends que ce travail nécessite une connaissance assez approfondie de la géographie, de l'histoire naturelle de chaque pays, de l'astronomie, de la psychologie, de la philologie , de l'ethnographie.

« Car la connaissance des révolutions des langues et des peuples servira de donnée et de contre -épreuve

à l'histoire des révolutions religieuses; et d'ailleurs, comme les phénomènes du monde physique et du monde social , ainsi que les passions du cœur, viennent tour à tour se réfléchir dans les croyances , il faut savoir les démêler et il faut les connaître.

« Ne te décourage pas cependant, il y a derrière nous bien du travail terminé : le Mithridate d'Àdelung, la Symbolique de Creuzer, les travaux de Champollion, d'Abel Rémusat, d'Eckstein, de Schlegei et de Gœrres , nous offrent des mines riches à exploiter ; d'ailleurs nous sommes deux , et nous pourrons même nous joindre des collaborateurs. J'ai là-dessus un projet que je te communiquerai de vive voix. Enfin, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, et plus l'œuvre est difficile, plus il sera beau de l'accomplir ' . »

« En 1831 parurent à Lyon les réflexions sur la doctrine de Saint-Simon. Ozamm opposait à cette doctrine, antichrétienne et nouvelle à la fois, l'Evangile et 1 antiquité, cherchant dès lors d'une main novice encore, mais résolue, à saisir l'enchaînement des traditions du genre humain. C'était comme un prélude du livre auquel il devait travailler jusqu'à son dernier jour2. Sa logique serrée lui permettait de conclure, avec une évidence éclatante, « que le système de Saint- Simon n'était ni vrai dans ses dogmes , ni révélé dans son origine, ni bienfaisant dans ses résultats. »

La maturité des idées le disputait à la solidité des raisonnements, au point que tout le monde y fut

1 Lettres, X. I, p. 18, 2e édit.

2 Ampère.

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