CHAPITRE XXV
trompé ; et le père d'Ozanam se vit adresser des félicitations qu'il déclinait pour lui-même , mais qu'il était d'autant plus fier de renvoyer à son philosophe de dixhuit ans.
Ozanam, en étudiant Bacon, avait été frappé du désaccord qui régnait entre la vie et les œuvres de ce philosophe ; il voulut démontrer alors l'impuissance de la philosophie à rendre bons ceux mêmes qu'elle fait grands. Toujours sous l'influence de cette pensée mère qu'il s'était proposée comme le but de tous ses travaux, à savoir : La preuve de la vérité de la religion catholique par l'histoire, il établit avec une éloquente vigueur un parallèle entre Bacon et saint Thomas de Cantorbéry , tous deux chanceliers d'Angleterre , et fait ressortir, avec une incontestable clarté, la toute-puissance de la religion pour élever jusqu'à l'héroïsme du martyre celui que le monde semblait avoir énervé par ses caresses. C'était mettre au grand jour le lien intime de l'incrédulité et du vice, et celui de la foi et de la vertu .
Ce fut le second essai de Frédéric ; il parut en 1836 , et fut couronné d'un grand succès.
Le terme qu'Ozanam avait posé lui-même à ses travaux était la philosophie catholique au xme siècle, personnifiée en quelque sorte par la Divine 'Comédie du Dante. Pionnier infatigable, il voulut partir de la décadence latine et des premiers commencements du génie chrétien , parcourir tout l'univers connu , défricher avec courage les siècles barbares, y recueillir à travers les ronces. ou les épines les fleurs et les fruits que les orages avaient épargnés , et faire connaître cette longue
cette laborieuse éducation que l'Église donna aux peuples modernes.
Toutefois, malgré la multiplicité de ses savantes investigations, jamais il ne perdit de vue le Dante, qui était, pour ainsi dire, son point de mire. Semblable au voyageur qui étudie d'avance les beautés de la viile dont il a fait le but de sa course, et qui dirige sans cesse ses regards vers le terme de sa route, Ozanam commença ses travaux par l'étude de la philosophie du Dante; ce fut le sujet de sa thèse du doctorat es lettres à la fin de 1838. Et l'année suivante, après avoir complété ce travail par de nombreuses recherches , Ozanam publiait le Dante et la philosophie catholique au xme siècle.
Nous laissons à M. Poulin, dont nous avons déjà apprécié le talent , l'honneur de donner une idée de ce travail remarquable. « Dante avait voulu populariser sous une forme symbolique toute la philosophie de son temps. C'est cette philosophie qu'il s'agissait de démêler à travers les épisodes si dissemblables de ce poème, immense comme les trois mondes qu'il embrasse. Ozanam le fit avec une rare sagacité. Dans l'Enfer, il vit une théorie complète du mal à tous ses degrés, considéré tour à tour comme cause et comme effet, comme crime et comme châtiment. Dans le Purgatoire, c'était la lutte du bien et du mal, et le retour graduel de l'homme déchu vers les rayons de la lumière et de l'amour. Dans le Paradis enfin, le bien règne sans mélange, et l'homme se rapproche de plus en plus de la divinité, sans se confondre jamais avec elle.
« Restait à faire voir les rapports du poète avec les