CHAPITRE XXV
florentin. Aussi consacra -t-il, pendant plusieurs années, une leçon par semaine à ce poème, qui avait été l'objet de ses études favorites. Par suite de cette explication savante, une traduction de la Divine Comédie était née, pour ainsi dire, sous la plume de son interprète. Elle comprenait déjà trente chants de l'Enfer, tout le Purgatoire et six chants du Paradis. Le Purgatoire est la seule partie qu'on ait publiée, quoique Ozanam n'y ait pas mis la dernière main. Une sorte de prédilection l'attachait à ces chants destinés à célébrer la réhabilitation de l'homme coupable et tout rempli de consolations et d'espérances célestes.
En les publiant , on n'a fait que suivre le penchant de son coeur.
En 1847 paraissait la première partie des Études germaniques, et en 1849 la seconde, sous le titre de la Civilisation chrétienne cliez les Francs. Ozanam y montre les barbares disciplinés par la culture romaine , puis civilisés par le christianisme, par l'opiniâtre et généreux labeur de l'Église ; c'est l'histoire ecclésiastique et littéraire des temps mérovingiens et du règne de Charlemagne. L'étude des peuples germains avant leur transformation religieuse, l'étude de cette transformation, voilà le double et grand objet que se proposait l'auteur, et qu'il a aussi complètement atteint que le comporte la science actuelle dans une matière si obscure et si vaste.
Les Etudes r/ermaniques sont une exploration savante à travers les ombres d'une histoire perdue, un effort toujours merveilleux de sagacité et d'érudition pour retrouver les lois, les religions, les moeurs, le
génie des Germains à travers les débris qui nous restent de leur langue et de leur littérature, presque toujours à la lueur de quelques textes de la Germanie de Tacite. Après avoir dépeint la barbarie de ces races dans toute sa rudesse et sa sauvage grandeur, arrive l'époque où les armes romaines franchissent le sanctuaire inviolable de leurs forêts. Rome met la main de ses légions sur les terres conquises, la main de ses proconsuls sur les populations. Par ses lois elle discipline les vaincus , établissant une sorte de police qui les tient en respect. Elle traverse ce sol rebelle de routes militaires ; elle le hérisse çà et là de camps retranchés qui deviendront des villes. Elle le laboure profondément par trois cents ans de guerres terribles ; mais elle n'a rien à jeter dans le sillon.
Il était réservé au christianisme, à ses infatigables ouvriers d'y jeter le bon grain et d'y faire germer une moisson féconde. Les générations d'apôtres se succédaient, défrichant, sans jamais se décourager, ces terres ingrates, trop souvent bouleversées. Après les Francs de Clovis et de saint Rémi, accoururent les colonies irlandaises, conduites par saint Colomban, le Bridaine intrépide de la cour de Drunehaut; puis saint Boniface amène ses Anglo-Saxons , évangélise une partie de l'Allemagne, et termine la vie du missionnaire par la mort du martyr. Charlemagne enfin refoule et dompte les Saxons eux-mêmes, ce dernier flot de l'invasion. Plus ambitieux que l'empire romain, le christianisme réussit mieux que lui ; car il finit par s'assujettir non pas seulement le territoire, mais les intelligences et les volontés. A mesure qu'il s'avance,