CHAPITRE XXV
. inédites de celui qui lui avait communiqué en grande partie le manuscrit du premier volume. Les cinq premières leçons, revues et corrigées par fauteur, semblent former un des écrits à la fois les plu s élevés 1 1 les plus achevés qui soient sortis de sa plume.
Quant aux leçons sténographiées , on doit regretter sans doute qu'il n'ait pu les revoir et y mettre le fini d'exécution qu'on admire dans celles qu'il a rédigées; mais elles ont le précieux avantage de conserver la parole même du professeur, saisie et fixée dans le feu de l'improvisation, et de faire connaître, à ceux qui ne l'ont pas entendue, cette parole pleine de mouvement, d'éclat et de force.
La première année de ce cours fut consacrée à retracer l'image du ve siècle. Pour en donner au moins une idée, nous aurons encore recours à M. F. Poulin, qui en crayonne avec habileté une brève analyse dans le charmant Eloge cl Ozanam. « A cette époque où il semble que toute civilisation va finir, l'historien trouve deux civilisations en présence : l'une païenne, l'autre chrétienne, chacune avec ses destinées, ses lois, sa littérature. D'un côté, le paganisme survit dans les esprits, les mœurs et les institutions de ce monde romain, si brillant et si corrompu ; on ne croit plus aux dieux , mais on aime trop leurs exemples pour renoncer à leur culte devenu plus voluptueux que sanglant. D'ailleurs, pour assouvir cet instinct de cruauté qui reste vivace au fond du cœur, n'a-t-on pas les luttes de l'amphithéâtre? Toutes les fêtes sont ainsi au service de toutes les concupiscences. La littérature enfin flatte les goûts de ce ramas de peuples où il y a de tout, excepté des Romains.
La poésie effeuille des roses dans les festins des heureux de la terre, et l'éloquence brûle un encens servile aux pieds des idoles d'un jour qui se succèdent sur le trône des Césars.
« Que va faire le christianisme de ce vieux monde qui meurt, mais qui veut mourir en riant*! C'est ce que l'orateur nous apprend dans une suite de tableaux où il montre tour àtour le droit chrétien, éclairantde ses reflets d'abord sous les empereurs idolâtres, puis de ses rayons directs sous Constantin et ses successeurs, ce monde qu'il eût pu détruire , qu'il aima mieux transformer ; les lettres pénétrant peu à peu dans l'Église , et l'Église les accueillant comme une préparation au christianisme ; la théologie redressant par ses dogmes inflexibles les mille erreurs du paganisme et de l'hérésie, concentrée à cette époque dans le manichéisme d'un côté, le pélagianisme de l'autre ; la philosophie chrétienne renouant chez saint Augustin les plus sublimes traditions de Platon, demeurées à l'état d'aspirations confuses, les éprouvant au creuset de la révélation , et les élevant à la hauteur d'une inébranlable certitude ; la papauté arrêtant d'un mot le torrent des invasions ; le monachisme préparant aux races nouvelles des précepteurs autant que des apôtres ; les mœurs chrétiennes pleines de respect pour l'esclave, l'indigent et l'ouvrier, ces déshérités du monde antique ; la femme réhabilitée et le mariage rendu sacré; la langue elle-même associée à ce mouvement de rénovation universe le ; 1 éloquence, Y histoire, la poésie , Y art enfin, baptisés pour ainsi dire, et s'essayant, non sans éclat parfois, à célébrer ce qu'ils avaient méconnu, à flétrir ce qu'ils avaient