CHAPITRE XXV
d'Ozanam, nous avons cru devoir suivre l'ordre chroologique dans lequel elles ont paru ; mais ce n'est pas celui qu'il aurait adopté : nous en trouvons la preuve dans une lettre qu'il écrivait à M. Foisset, magistrat, écrivain savant et habile, auquel il demandait de vouloir bien rendre compte de son ouvrage sur les origines germaniques, et, comme il le disait, d'être le parrain de ses Germains, de ses barbares. Dans cette lettre, Ozanam exposait succinctement, mais avec la netteté qui était un des caractères de son esprit, le but qu'il voulait atteindre , et indiquait les chemins qu'il comptait suivre. .
« Paris, le 26 janvier 1848.
« Mes deux essais sur Dante et sur les Germains sont pour moi comme les deux jalons extrêmes d'un travail dont j'ai déjà fait une partie de mes leçons publiques, et que je voudrais reprendre pour le compléter. Ce serait l'histoire littéraire des temps barbares , l'histoire des lettres, et par conséquent de la civilisation, depuis la décadence latine et les premiers commencements du génie chrétien, jusqu'à la fin du me siècle. J'en ferais l'objet de mon enseignement pendant dix ans , s'il le fallait , et si Dieu me prêtait vie ; mes leçons seraient sténographiées et formeraient la première rédaction du volume que je publierais, en les remaniant à la fin de chaque année. Cette façon de travailler donnerait à mes écrits un peu de cette chaleur que je trouve parfois dans la chaire et qui m'abandonne trop souvent, dans le cabinet. Elle aurait aussi l'avantage de ménager mes forces en ne les divisant point et
en ramenant au même but le peu que je sais et le peu que je puis. Le sujet serait admirable, car il s'agit de faire connaître cette longue et laborieuse éducation que l'Eglise donna aux peuples modernes. Je commencerais par un volume d'introduction, où j'essayerais démontrer l'état intellectuel du monde à l'avènement du christianisme, ce que l'Église pouvait recueillir de l'héritage de l'antiquité , comment elle le recueillit , par conséquent les origines de l'art chrétien et de la science chrétienne dès le temps des catacombes et des premiers Pères. Tout le voyage que j'ai fait en Italie l'an passé a tourné vers ce but. Viendrait ensuite le tableau du monde barbare, à peu près comme je l'ai tracé dans le volume qui attend votre jugement; puis l'entrée des barbares dans la société catholique et les prodigieux travaux de ces hommes comme Boëce, comme Isidore de Séville, comme Bède, saint Boniface, qui ne permirent pas à la nuit de se faire , qui portèrent la lumière d'un bout à l'autre de l'empire envahi , la firent pénétrer chez des peuples restés inaccessibles, et se passèrent de main en main le flambeau jusqu'à Charlemagne.
« J'aurais à étudier l'œuvre réparatrice de ce grand homme , et à montrer que les lettres , qui n'avaient pas péri avant lui, ne s'éteignirent pas après; je ferais voir tout ce qui se fit de grand en Angleterre au temps d'Alfred, en Allemagne sous les Otton, et j'arriverais ainsi à Grégoire YII et aux croisades.
« Alors j'aurais les trois plus glorieux siècles du moyen âge : les théologiens comme saint Anselme , saint Bernard, Pierre Lombard, Albert le Grand, saint