‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 310 sur 313 · M. BAILLY · texte numérisé non relu

M. BAILLY

Nous devons à la mémoire de cet homme de bien (M. Baillv ) de rappeler ici les services immenses qu'il rendit aux étudiants catholiques pendant de nombreuses années. 11 établit d'abord une pension où les jeunes gens des meilleures familles, tout en conservant une sage liberté, trouvaient, avec le gîte et la table, l'avantage incalculable d'une société choisie et édifiante, et où ils pouvaient conserver les habitudes patriarcales qu'ils avaient puisées sous le toit paternel. L'excellent M. Bailly leur ouvrait, en effet, son salon: il était toujours prêt à les aider de sages et bienveillants conseils.

A cette œuvre si utile , mais dont le cercle dev ait nécessai-

rement être fort restreint, le zèle intelligent de M. Bailly joignit une institution dont les heureux fruits devaient s'étendre à un nombre considérable d'étudiants. Il fonda une sorte de cabinet littéraire auquel il donna le nom de Société des bonnes éludes, dont le siège était situé rue de l'Estrapade, tout près de l'École de droit. On y avait réuni une bibliothèque nombreuse où se trouvaient les meilleurs ouvrages de littérature, de droit, de médecine et de science. On y recevait sept ou huit journaux , diverses revues dont le choix avait été fait avec sagesse. Il y avait une vaste salle d'étude, ouverte de six heures du matin à dix heures du soir, éclairée et chauffée pendant l'hiver. Un petit amphithéâtre, qui pouvait contenir environ trois cents personnes, permettait de donner des séances littéraires, de faire des conférences de droit, de médecine. C'est là qu'avait lieu celles d'histoire dont nous avons parlé plus haut, quoique la société des bonnes études n'existât plus; elle avait, en effet, cessé de vivre en 1830, trois ans avant la la naissance de la société de Saint-Vincent-de-Paul. Quelquefois on y donnait des concerts auxquels pouvaient prendre part les membres de la société qui jouaient de quelque instrument. Enfin un petit jardin offrait un air pur avec de frais ombrages aux abonnés.

Un choix éclairé, sans être trop sévère, présidait à l'admission des jeunes gens qui voulaient faire partie de la Société, offrant ainsi une garantie précieuse aux étudiants dont cette œuvre voulait protéger la foi et la moralité. M. Bailly avait l'œil à tout avec une sagesse, une sollicitude toute paternelles dont on ne saurait trop faire l'éloge.

On pardonnera à notre reconnaissance cette petite digression, car nous avons recueilli nous-mème notre part des avantages et des bienfaits de cette charitable et intelligente institution. Au reste, il était nécessaire de faire connaître un homme qui a joué un rôle des plus importants dans la société de Saint-Yincont-de Paul , et lui a rendu d'inestimables services. Il en était le conseiller et le modérateur. Il en fut le président pendant seize années. Toutefois on ne saurait lui attribuer la fondation de celte œuvre admirable. On lit, en

effet, dans les considérations qui précèdent le règlement et dont la rédaclion, qui date de décembre 1835, est due à M. Bailly lui-même: « Notre petile réunion pot (ait d'abord le titre de conférence de charité de Saint-Vincent-de-Paul ; ce fut son nom dès le commencement, et pour ne pas oublier les circonstances de son origine, que personne en particulier ne peut se rappeler i. »

En mars 1856 , dans le Bulletin , page 67 , M. Baudon écrivait à son tour, au nom du conseil général : « Si quelques membres ont pris à l'organisation de la Société une part plus active, n'est-il pas juste de dire qu'au fond c'est un mouvement de piété chrétienne qui nous a réunis, que personne en particulier ne peut se rapporter l'origine de la Société. » Pei sonne , par conséquent, n'a le droit de se proclamer le fondateur unique. Le public seul reste libre d'apprécier chacun selon ses œuvres.

m . I. E P R li v o s i

M. Le Prévost était intimement lié avec Ozanam. Us fondèrent ensemble l'œuvre des Jeunes Apprentis. M. Le Prévost était chef de bureau au ministère des cuites. D'une piété et d'un zèle éminents, il avait le génie du pauvre dont parle le Psalmiste : « Beatus qui inlelliyit super egenum et pauperem. Bienheureux celui qui a l'intelligence de l'indigent et du pauvres. » H s'efforçait, par ses exemples et ses pieux conseils, de faire pénétrer dans l'àme de ses jeunes confrères le feu de la charité qui le dévorait. Personne ne résistait à l'entraînement de son incomparable douceur.

i Manuel de la société de Saint-]'incent-de-Pavl , p. 20, édit. de 1873. 2 Psalm. xl.

Pendant qu'il se livrait avec une ardeur indicible à éfablir et à développer l'œuvre des Jeunes Apprentis, qui était celle qu'il affectionnait le plus, le Ciel lui enleva la compagne de sa vie. Alors son détachement des choses de la terre n'ayant plus de bornes, il renonça à la position honorable qu'il occupait au ministère des cultes , qui l'avait mis à même de rendre au clergé comme à la religion de nombreux et importants services. Il entra dans les ordres pour se consacrer entièrement à son œuvre favorite. Il ne se contenta plus de recevoir tous les dimanches, sur plusieurs points de Paris, les petils apprentis placés par ses soins chez de bons maîtres, et de leur procurer ce jour-là l'instruction religieuse, les exercices de piété pour la sanctification du dimanche, la nourriture, des divertissements honnêtes, et des promenades auxquelles il se faisait une joie de les accompagner. Il voulut que ces pauvres enfants eussent, pour ainsi dire, leur maison, c'est-à-dire un asile où il pût les retirer lorsque les circonstances le demanderaient. Là il leur donnait le vêtement, la nourriture, l'instruction primaire et religieuse, un état, et les suivait jusqu'à leur mariage. La première de ces maisons reçut le nom de Nazareth. Elle est encore située à Paris, rue Stanislas.

Toutefois M. Le Prévost ne pouvait suffire à tous ces travaux, malgré la coopération dévouée des memb;es de la société de Saint-Vincent-de-Paul. Il se trouva ainsi conduit à instituer une nouvelle congrégation de prêtres et de laïques, qui porte le nom de Petits Frères de Saint- Vincent-de- Paul, dont il fut le supérieur jusqu'à ce que les infirmités le missent hors de combat. La maison mèie est à Vaugirard. Cette jeune congrégation a la gloire d'avoir reçu déjà la consécration du martvre en la personne du P. Planchât, massacré le 26 mai 1871 , rue Haxo, pendant la Commune.

Nous avons cru cette digression nécessaire, d'abord pour rendre hommage à la mémoire vénérée de l'un des membres les plus zélés et les plus distingués de la société de Saint- Vincent-de-Paul , mort, il y a peu de temps, supérieur honoraire de sa Société; ensuite, et surtout, parce que ce fut l'association naissante dont nous écrivons l'histoire dans ce

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chapitre qui servit, pour ainsi dire, de berceau à la nouvelle congrégation et aux œuvres si nombreuses, si intéressantes auxquelles elle se livre aujourd'hui avec une ardeur aussi intelligente qu'infatigable.

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