‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 40 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

père, sorti de prison, et de l'enthousiasme avec lequel il avait été accueilli à son retour à Chalamont, il dit en parlant de ceux qui l'avaient dénoncé : Peccator videbit, et irasectur; dentibiis (remet , et tabescet. Ailleurs, en rassurant ses parents- sur sa santé, il leur écrit: « Vous me reverrez, je l'espère, avec tous mes membres, et, au lieu de prononcer IcNanc dimittis..., vous répéterez en me voyant : Gloria, Patri et Filio... Je dis souvent le Moraris, heu! nimis diu , moraris, opta tus dics. Vider e te , amare te... On tuera le veau gras , et Ton ne pensera plus qu'à vivre ensemble , tant qu'on pourra. »

Ces projets si doux , si consolants pour son cœur ne purent , hélas ! se réaliser. Il voulait se créer une position , et il espérait y réussir en embrassant la carrière commerciale. Cette détermination l'obligea à se fixer à Lyon. Il y était à peine depuis un an qu'il se maria à Marie Nantas, le 22 avril 1800. Cette même année, il perdit son père. Trois ans plus tard, sa mère mourut aussi. Au chagrin profond que lui causèrent ces pertes cruelles vinrent se joindre des revers de fortune qui l'obligèrent à quitter le commerce. Il se retira à Milan avec sa femme, les deux enfants qu'elle lui avait donnés, et une domestique, Marie Cruziat, que nous nommons ici parce qu'elle fut un modèle, unique peut-être, de fidélité, de dévouement et de constance. Elle passa, en effet, soixante -douze ans au service de notre famille, sans aucune interruption. Elle avait quatre-vingt-sept ans lorsque nous reçûmes son dernier soupir.

Ozanam avait à peine terminé ses études classiques

qu'il s'était senti un goût prononcé pour l'art de guérir. Il n'avait renoncé à cette espèce de vocation que par déférence pour son père, qui voulait le faire entrer dans la magistrature. Mais une fois à Milan, ne trouvant aucune position qui lui offrît les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de sa famille, ses anciennes idées se réveillèrent , et le célèbre chirurgien Marc- Antoine Petit de Lyon, ancien major de l'Hôtel-Dieu, et intime ami de notre famille, contribua singulièrement à le décider à embrasser cette nouvelle carrière. Cet habile chirurgien avait été appelé à Milan pour opérer une cataracte. Il recommanda Ozanam à plusieurs professeurs de l'université de Pavie, entre autres à l'illustre Scarpa, puis à plusieurs médecins distingués des hôpitaux de Milan. Plein de courage, d'ardeur et d'intelligence, Ozanam se met à l'œuvre, il travaille seize heures par jour, et au mois de décembre 1810, après avoir passé tous ses examens à Pavie, il y est reçu docteur en médecine, à pieni voli e con laude , c'est-à-dire, « à l'unanimité, avec éloges. »

Il avait alors trente-sept ans. 11 ne laissa pas, pour cela, d'étudier encore avec le même zèle et la même assiduité; tous les jours il suivait des cliniques dans les hôpitaux de Milan, et publiait, vers 1812, en italien des observations cliniques sur la doctrine médicale du professeur Rasori. Ce livre eut deux éditions.

Il avait déjà envoyé à la Société de médecine de Lyon, en 1 8 1 1 , un mémoire sur cette question , mise au concours : « De l'influence des maladies organiques des viscères du bas-ventre sur ceux de la tête et de la poitrine. » Le prix était une médaille d'or; il l'obtint. Ce

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