‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 43 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

malheur, ou les revers de fortune ne purent jamais triompher de son énergie; son esprit, fécond en ressources, sut toujours surmonter tous les obstacles, et, malgré les rudes épreuves auxquelles il fut soumis , il trouva moyen de donner une excellente éducation à ses enfants.

Travailleur incomparable , non content d'écrire , de visiter ses malades, il servit encore de répétiteur à ses trois fils Alphonse, Frédéric et Charles. Il aimait trop ses enfants pour s'en séparer en les mettant en pension. Sa principale et plus agréable distraction, au milieu de tant de travaux , consistait en quelques réunions de famille, ou en promenades avec sa femme et ses enfants.

Les nombreux soucis de sa vie agitée ne purent jamais altérer ni assombrir sa gaieté naturelle. Aussi son commerce agréable le faisait rechercher de tous ceux qui le connaissaient. Il aimait à raconter les nombreuses anecdotes que sa mémoire avait recueillies dans ses lectures multipliées. La vivacité impétueuse de son caractère ne l'empêchait pas d'avoir un excellent cœur. La musique était un de ses délassements les plus doux ; il jouait même assez bien de plusieurs instruments.

Ozanam était sincèrement et profondément religieux. En quittant les hussards, quoique fort jeune encore, il avait déjà lu, d'un bout à l'autre, la Bible de dom Calmet. Tous les soirs, la prière se faisait en famille ; souvent même une lecture de piété suivait la prière. Comme membre de la confrérie du Saint -Sacrement, il se faisait honneur de porter publiquement un cierge à la procession de la Fête-Dieu. Grâce à ses soins, ses malades recevaient les secours de la religion . lorsque

leur vie était gravement menacée ; parfois il allait lui-même avertir le prêtre qu'il croyait le plus capable de remplir cette délicate mission. Sa charité pour les pauvres était sans bornes : pendant quinze années, il fut gratuitement leur médecin dans la paroisse de Saint- Pierre à Lyon, les assistant souvent, non seulement de ses soins, mais encore de sa bourse. Maintes fois il procura des ressources aux pauvres malades, après les avoir guéris à l'hôpital, et leur trouva des moyens d'existence au sortir de l'hospice. Le secret de ses bonnes œuvres était si bien gardé, que sa femme elle-même les ignorait presque toujours.

Au reste , la médecine était à ses yeux une espèce de sacerdoce qu'il aurait voulu pouvoir toujours exercer, sans autre rémunération que celle que donne la conscience, par le témoignage d'un devoir accompli. On l'entendait souvent répéter que, pour en remplir dignement les sublimes fonctions , il fallait être disposé à donner sa vie pour ses malades , si les circonstances rendaient ce sacrifice nécessaire. Plus d'une fois le généreux docteur joignit l'exemple au précepte, soit dans les épidémies, soit au milieu des émeutes.

Comment s'étonner, après ce que nous venons de dire, de l'espèce de culte que Frédéric rendait à son père; de l'estime qu'il avait pour sa science et ses talents; de l'amour si tendre dont il l'entourait! Cette vie si laborieuse dont il avait été témoin allait devenir le modèle de la sienne. Mais, hélas ! ses forces devaient le trahir.

Le docteur Ozanam , malgré ses fatigues et ses chagrins, avait toujours joui d'une excellente santé; un

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