‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 46 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

miers pas. Plus tard elle leur apprenait à lire et à ('crire; son bonheur était surtout de leur donner les premières leçons de pieté et de religion. Le soir elle les faisait coucher sous ses yeux, les habituant à le faire avec modestie , et leur dictait la manière du donner son cœur à Dieu. Enfin, pour nous endormir dans de saintes pensées, elle nous disait quelques mots de Dieu, de la sainte Vierge, du bon Ange ou des Saints , entremêlant ses douces paroles de ces baisers de mère qui pénètrent jusqu'au fond de l'âme et qui l'embaument pour toujours.

Lorsque ses enfants étaient arrivés à un âge plus avancé, elle profitait de toutes les circonstances, de tous les événements, pour faire pénétrer dans leur âme les vertus pratiques et pour graver dans leurs cœurs les grands principes de la vie chrétienne.

Elle surveillait tous leurs petits travaux , leur apprenait à étudier avec suite et avec méthode. Le temps était réglé pour le travail, les récréations, les repas et le sommeil à l'égal d'une communauté.

C'était elle-même qui conduisait ses enfants à l'église tous les dimanches , leur inspirait le respect qu'ils devaient au lieu saint, leur apprenait avec une admirable patience à suivre la messe. Dès que ses fils étaient en état d'aller comme externes au collège royal de Lyon , loin de se croire déchargée des soins qu'elle devait leur donner, sa sollicitude au contraire ne faisait que s'accroître. Elle s'appliquait à les prémunir contre les dangers qu'ils pouvaient courir dans le contact incessant et inévitable avec des jeunes gens mal élevés ou de mauvaises mœurs. Sa vigilance redoublait alors d'activité, et

sa tendresse ingénieuse découvrait tous les moyens de savoir ce qui se passait dans leur cœur.

Lorsque nous fûmes successivement obligés d'aller à Taris pour nos études , notre bonne mère ne crut pas qu'il ne lui restât plus autre chose à faire que de nous donner de bonnes lettres de recommandation et de prier. Sans doute elle priait avec une ferveur incomparable pour ses fils absents, exposés aux séductions du monde ; mais sa tendresse nous suivait partout et prenait tous les moyens possibles pour connaître l'emploi de notre temps , les personnes avec lesquelles nous nous mettions en rapport. Elle nous avait aussi spécialement recommandé à des mentors qui auraient pu à la rigueur lui donner des informations sur notre compte. Se confiant toutefois à la franchise à laquelle elle nous avait habitués, nos lettres lui suffisaient. Il fallait lui écrire au moins tous les huit jours, et entrer dans les détails les plus minutieux. Ses réponses ne se faisaient point attendre. C'est ainsi qu'elle dirigeait notre conduite, même de loin , et nous faisait subir la douce influence de ses excellents conseils.

On peut juger de l'amertume de son chagrin , lorsqu'elle perdit sa fille Élisa à ïàge de dix -huit ans. Celle-ci, en effet, était devenue la compagne de sa mère, partageant ses soucis et ses inquiétudes, comme ses joies et ses espérances.

Cependant cette perte cruelle n'abattit pas le courage de notre bonne mère, et , quoique privée de cette aide si utile, son ouvrage doublé ne l'effraya pas; elle sut lui tenir tête. Il est vrai qu'elle n'avait pas un salon ouvert à jour fixe pour recevoir, et qu'elle ne faisait

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