‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 47 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que les visites impérieusement réclamées par ses devoirs de société. Sa seule récréation était une promenade en famille , le dimanche après l'office , ou une soirée passée ce même jour chez quelques parents avec son mari et ses enfants.

Il semble qu'un travail si assidu devait complètement absurber son temps. Mais il y avait tant d'ordre dans se« occupations, tous ses instants étaient si bien ménagés, que, sans nuire à ses devoirs, elle pouvait encore assister tous les jours au saint sacrifice de la messe, faire des œuvres de charité , et entre autres visiter plusieurs pauvres à domicile. A Lyon, les indigents habitent ordinairement les cinquième et sixième étages, ce qui rend leur accès difficile et fort pénible , surtout pour les personnes déjà avancées en âge. Pendant les dernières années de sa vie, notre mère était promptement essoufflée , ce qui l'obligeait de s'arrêter et de s'asseoir sur l'escalier pour reprendre haleine. Aussi son mari lui avait- il défendu de monter plus haut que le quatrième étage.

De son côté, comme Ozanam éprouvait quelquefois des étourdissements , sa femme lui avait intimé la même défense.

Un jour, étant allés séparément, et à l'insu l'un de l'autre, visiter un pauvre malheureux malade, ils se rencontrèrent et se prirent tous deux en flagrant délit. Tous deux avaient désobéi ; tous deux se pardonnèrent et revinrent ensemble, faisant valoir chacun de leur mieux les circonstances atténuantes, mais contents d'avoir accompli une bonne œuvre.

Il existe à Lvon une société de veilleuses , composée

de pauvres ouvrières , qui vont , à tour de rôle , passer gratuitement la nuit auprès des femmes malades et indigentes que des raisons particulières empêchent d'entrer à l'hôpital. Cette intéressante société est partagée à peu près en autant de sections qu'il y a de paroisses dans la ville. Chaque section est dirigée par deux ou trois dames qui appartiennent elles-mêmes à une société de bonnes œuvres. La mère de Frédéric Ozanam, faisant partie de cette dernière association, avait été placée à la tête de la section des veilleuses de la paroisse de Saint-Pierre, composée de trente -deux personnes environ. Elle les réunissait tous les quinze, jours pour leur adresser une instruction , et pour entretenir dans leur âme le zèle nécessaire à l'accomplissement de leur touchante et pénible mission. Toutefois, ces petites allocutions, pour être utiles, demandaient à être préparées avec soin. Pour cela, il fallait au moins en écrire le sommaire; c'est ce que faisait, en effet, Mme Ozanam. Aussi avons-nous recueilli un volume in- 8° des plans qu'elle avait tracés de sa main sur presque toutes les parties de la doctrine chrétienne *. Mais, dans une vie si occupée, comment trouver le temps nécessaire pour ce travail? Il y a des moments qu'on appelle perdus; elle n'en perdait jamais, et les utilisait pour son œuvre. Au besoin, son sommeil était abrégé ; et, si elle s'était couchée pour obéir à son mari, qui craignait que ces veilles prolongées ne nuisissent à la santé de sa

' * Nous avions fait relier respectueusement ces notes avec les noms de trente-doux veilleuses qu'instruisait notre bonne mère. Malheureusement ee précieux volume a été brûlé dans l'incendie de Saint- Cloud, par les Prussiens, lors du siège de Paris.

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