‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 48 sur 313 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

femme , celle-ci s'efforçait de chasser le sommeil de ses paupières , pour préparer mentalement l'instruction prochaine.

Toutes les années, on donnait une retraite à la société des dames dont nous avons parlé. Pour mieux en profiter, notre bonne mère faisait l'analyse des exhortations qui la frappaient davantage , écrivant ses résolutions, ainsi que les pieux sentiments qu'elle éprouvait.

Tant de travaux finirent par épuiser une santé déjà si fort ébranlée par de nombreuses grossesses *, et par des chagrins de toute espèce. Des maux de tête violents vinrent , pendant les trois dernières années de sa vie , se joindre aux autres indispositions qu'elle éprouvait déjà depuis longtemps.

Malgré toutes ses souffrances, sa sensibilité et sa tendresse conservèrent toute leur vivacité et leur douce expansion. Cependant sa vue baissait de jour en jour. Elle se soumit à ce nouveau sacrifice avec une résignation et une patience admirables. Ne pouvant presque plus lire , surtout pendant la dernière année de sa vie , elle récitait le chapelet plusieurs fois par jour avec une grande dévotion.

Il semblait que la mesure de ses peines ici-bas devait être comble, et pourtant, la plus douloureuse épreuve l'attendait encore, et vint fondre sur elle , tandis qu'elle était dans ce triste état. Son mari fut victime du déplorable accident dont il a été question plus haut ; elle le perdit en quelques heures.

Elle ressentit profondément le coup terrible qui la

1 Elle eut quatorze enfants.

frappait ; et souvent elle versait des larmes arriéres , et poussait des soupirs déchirants en disant : Mon pauvre ami, mon panure Oza! (Nom amical qu'elle donnait à son mari.) Au milieu de ces angoisses, la nature livrait un rude combat à sa foi; mais sa foi triomphait, et elle s'écriait : 0 mon Dieu, que je suis malheureuse ! mais pourtant , combien je vous bénis de m' avoir donné de si bons fils!... .

Peu à peu ses forces diminuèrent , on fut obligé de ne plus la laisser sortir seule , et ses fils étaient heureux de servir de bâton de vieillesse à celle qui les avait si souvent portés entre ses bras pendant leur enfance.

Enfin, arriva le moment où les forces lui manquèrent pour sortir. Ce fut pour elle uDe grande privation de ne pouvoir plus assister aux saints offices, et surtout d'être forcée de s'abstenir de la sainte communion, qu'elle avait l'habitude de recevoir deux ou trois fois par semaine. Mais le divin Sauveur, qu'elle avait souvent visité dans la personne de ses pauvres , vint à son tour lui rendre visite de temps en temps. 11 voulut encore la récompenser ainsi de lui avoir sacrifié un de ses fils , en le consacrant à son service ; car c'était lui qui avait la consolation d'apporter le pain céleste à celle qui l'avait nourri e le-mème à la sueur de son front!...

Cependant Dieu avait fait à cette âme si parfaite la grâce de la délivrer entièrement de ses scrupules, et de lui accorder la paix , la joie d'une bonne conscience, que sa sainte vie avait si bien méritées. Mais ses maux de tête augmentant tous les jours, sa maladie empira rapidement.

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