‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 49 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dès lors, ses deux fils aînés ne la quittèrent plus. Ils passaient tour à tour la nuit à son chevet; on lui donna les derniers sacrements. Son plus jeune fils revint bien.tôt de la pension , pour recevoir avec nous les derniers adieux et la dernière bénédiction de notre bonne mère. Elle nous avait souvent témoigné le désir, et demandait toujours à Dieu d'avoir la suprême consolation d'être entourée de ses trois fils, lorsqu'elle rendrait le dernier soupir. Elle conserva jusqu'à la fin sa présence d'esprit, une sérénité d'âme qui montrait assez sa confiance en Dieu , et tout ce qu'elle avait à attendre de sa bonté pour une vie passée dans l'exercice des plus hautes vertus. Son agonie fut courte; car depuis longtemps, par ses épreuves et ses souffrances, elle avait satisfait à la justice divine. Elle ne soupirait plus qu'après le bonheur d'être unie à Dieu, et de retrouver dans son sein l'époux qu'elle avait tant aimé sur Ja terre.

Enfin, le 14 octobre 1839, à l'âge de cinquante-huit ans seulement, elle quitta la terre, pour s'envoler au ciel , où elle prie pour ses enfants , comme elle le faisait tous les jours ici-bas.

Sur la tombe où ses restes mortels sont réunis à ceux de son mari , ses fils ont fait graver l'inscription suivante , qui résume si bien la vie de leurs parents, et les espérances qui seules peuvent adoucir leurs douleurs :

Beatus qui intelligit super egenum et pauperem; in die rnalà liberabit eum Dominus.

Bienheureux celui qui a l'intelligence des souffrances de l'indigent et du pauvre. Le Seigneur le sauvera au jour redoutable (du jugement). — Ps. xl, 2.

Tel est le sang qui a coulé dans les veines de Frédéric Ozanam; avec ce sang généreux s'inoculèrent dans son âme tous les sentiments élevés d'amour passionné du devoir, de dévouement, de charité chrétienne, de solide piété, qui firent de lui cet homme éminent dont nous allons nous efforcer de retracer la vie. Sans doute il ne reçut pas des mains de la Providence tout ce qui devait illustrer son nom ; son mérite personnel y eut une grande part ; mais il puisa toutefois, au sein de la famille qui lui donna le jour, les éléments de noblesse, de grandeur d'âme, et de ce beau caractère, qui furent l'objet de l'admiration de ses contemporains, et qui laisseront longtemps encore les plus honorables souvenirs. Quant à lui, il travailla avec un rare courage à féconder ces dons précieux, pour les mettre au service de la vérité et de la vertu. Au milieu de ses succès et de la gloire qui couronnait ses efforts, il sut toujours reconnaître tout ce qu'il devait à ceux qui , marchant les premiers , lui avaient ouvert le difficile sentier qui conduit à la vraie science, à l'honneur et à la sainteté.

« Mon père , écrit-il à un de ses amis , ne vous était pas connu ; mais vous me connaissez , moi , son fds ; et si jamais votre bienveillance a trouvé en moi quelque chose qui ne vous déplût pas, c'était de lui, de ses conseils, de ses exemples, qu'elle me venait '. »

Il rend à sa mère le même témoignage : « C'était elle dont les premiers enseignements m'avaient donné la foi, elle qui était pour moi une image vivante de l'Église,

i Lettres, t. I, p. 222.

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