CHAPITRE II
santé parfaite; il n'éprouva depuis lors aucune indisposition grave, jusqu'à l'âge d'environ trente-cinq ans. Il se fortifia même au point de pouvoir soutenir, suis inconvénient sérieux, les travaux de cabinet les plus rudes, les plus multipliés, et des veilles malheureusement trop fréquentes et trop prolongées, ainsi que nous le verrons plus tard.
Une fois remis de cette fièvre grave, Frédéric commença l'étude du latin. Son père et son frère aîné lui en donnèrent les premières leçons jusqu'à la sixième. Il entra alors au collège royal de Lyon, comme externe, à l'âge de dix ans, et longtemps encore nous lui servions de répétiteur.
§ il
Frédéric Ozanam écolier.
L'abbé Rousseau, proviseur au collège royal de Lyon depuis 1817 jusqu'en 1828 , en avait heureusement la direction lorsque Ozanam y fut envoyé. Celui-ci ne pouvait entrer sous de meilleurs auspices. Ce vénérable ecclésiastique unissait, en effet, à une bonté, à une affabilité qui lui gagnaient tous les cœurs, cette fermeté et cet esprit de justice si nécessaires, surtout pour ceux qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse. Grâce à sa capacité, à ses lumières et à son zèle, on vit bientôt l'état moral du collège faire les plus heureux progrès; sa situation financière s'améliora
même notablement. Il sut aussi donner aux études une intelligente et puissante impulsion. Ce fut sous cette sage administration que se formèrent un grand nombre d'ecclésiastiques distingués , et d'hommes remarquables par le talent avec lequel ils ont occupé les positions les plus élevées '. Nous avons eu nous -même la bonne fortune de faire nos études au lycée de Lyon pendant cette heureuse période , aussi nous saisissons avec empressement cette occasion d'exprimer notre sincère reconnaissance au prêtre modeste et dévoué qui entoura notre jeunesse de sa paternelle sollicitude.
M. Legeay, professeur honoraire à la faculté de Grenoble , fut d'abord chargé de !a classe de grammaire au collège de Lyon ; plus tard il y. professa les belles-lettres. Ozanam eut le bonheur de l'avoir pour maître. Il rencontra en lui cette perspicacité , ce tact si rares qui font discerner au professeur le genre et la portée d'esprit de ses élèves, et qui lui inspirent le moyen de cultiver avec succès les heureuses dispositions qu'ils ont reçues de la Providence. Si le disciple sut apprécier celui dont il recueillait avec avidité les leçons, nous devons le dire encore plus à la louange de M. Legeay qu'à celle de Frédéric, le maître daigna toujours accorder les soins les plus assidus et sa bienveillante estime à son élève. On peut en juger par Y Étude biographique qu'il a bien voulu publier lui-même en 1854 sur Ozanam. Nous
1 Nous pouvons nommer ici entre plusieurs autres : Mer Devoucoux, évèque d'Évreux; M. l'abbé Servant, curé de Saint-Georges, à Lyon , et chanoine honoraire de la métropole ; M. l'abbé Desgeorges , supérieur des missionnaires diocésains de Lyon; M. Fortoul , qui devint ministre de l'instruction publique et des cultes; Ozanam. professeur de littérature étrangère à laSorbonne, etc.