CHAPITRE II
siasmc et la noblesse de ses pensées. Aussi trouvait -il un charme particulier à imiter tous les rythmes dont les poètes de l'antiquité nous ont laissé des exemples.
Nous citerons d'abord, avec M. Legeay, un morceau dans lequel Ozanam se montre profondément ému d'une grande infortune. On sait que Marie- Antoinette, la malheureuse reine, avant de monter à l'échafaud, eut la pensée d'écrire à Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI. Voici ce qu'il lui fait dire dans ce moment suprême :
Scribere vix licitum : nunc ultima verba sororis Accipe, cara soror. Non posthàc ampliùs unà Flebimus; aut lacrymas, solalia blanda doloris, Miscentes confundemus! sententia dicta est! En foribus lictor adest, et voce cruenfà Me vocat ad letbum : jamjam funesla parantur Instrumenta necis. Rapior de carcere ; turpem Ad mortem infelix trahor. At quid turpia dicam Supplicia? Ad clarum victrix incedo triumphum, Cui dux praecessit per terras rex miser olim , Cœlestis nunc aulœ hospes civisque beatus, Dilectus conjux. Cujus fortissima certum est Corda referre illo prsesentis limine mortis. Hoc unum exanimat nullius conscia culpse Pectora, quod natum nalamque ità linquere cogor. Ecquid agent miseri? quà \i, quo robore tanta Sustineant mala? Sola, soror, tu spes mihi restas. Ergù tuis illos curis commendo, fidemque Quam, seu dùm nobis felix fortuna faveret, Seu dùm nos casu premeret soliique ruina, Nobis servasti, miseris non, aima negabis ! Ex te constantem discent virtutis amorem : Ex aliis eheu ! duros didicêre labores ! Altéra tu mater, mentes formate tenellas Curabis, grandesaue animos juvenilibus annis
Sufiicias. tuque adversà du rare docebis ForUinà, et numquam rébus turgere secundis. Quod si fata ferant ut quondam sceptra paterna, 0 fatale jugum ! pacataque régna résumant, Semper Galliain ament; vindicte nulla cupido In placidis animis surgat; pulsoque dolore, Ne maneat memori anliquum sub pectore vulnus. Antè oculos semper mitis sit patris imago, Exemplumque raeum. Prœsertim sit quoque Christus, Qui moriens saevis Patrem tortoribus ipse Exorans veniam petiit... Sed cardine aheno Insonuere fores ; jamque à lictore reposcor, Supremumque vale jam non tua dicere cogor.
Le savant professeur qlii nous a conservé cette pièce , et auquel nous l'empruntons , l'a traduite ainsi :
« Chère sœur, à peine me permet-on d'écrire; recevez mes derniers adieux et mes suprêmes recommandations. Nous ne pourrons plus pleurer ensemble. Mêler nos larmes était du moins pour nous une consolation. C'en est fait, la sentence est prononcée; le bourreau est à la porle, sa dure voix m'appelle à la mort. On est aux apprêts du supplice. On m'arrache de la prison pour m'eniraîner à une mort infâme! mais que dis-je, infâme ? Non , non , je vais au triomphe où m'a précédée mon époux, naguère malheureux roi sur cette terre, aujourd'hui heureux élu du ciel; mon cher époux, dont je suis décidée à imiter le courage dans ce fatal moment. Ma conscience ne me reproche rien ; mais une chose me déchire le cœur : c'est d'être forcée d'abandonner ainsi mon fils et ma fille. Malheureux, que vont-ils devenir? où prendront-ils assez de force et d'énergie pour supporter tant de maux? Il ne me reste que vous, ô ma sœur ! je vous les remets entre les mains ; je les confie à vos soins. Bonne comme vous Têtes, vous ne nous refuserez pas dans cette circonstance la sollicitude et les attentions que vous avez toujours eues pour nous dans l'adversité