CHAPITRE II
enfin pénétrer la joie clans ton coeur trop longtemps déchiré, et ne songe à ta douleur que pour mieux goûter le bonheur d'en être délivrée.
« L'Homme-Dieu qui a voulu naître d'une vierge immaculée a vaincu ses ennemis et terrassé la mort; il est ressuscité. Il est de retour dans les tabernacles éternels. Il te précède dans le palais de son Père, et celui que tu as vu avec tant de douleur attaché à une croix rougie de son sang, appelle maintenant sa mère à ses côtés.
« Il te précède, ô Vierge; hâte-toi d'aller auprès de lui, et, ceinte aussi de la couronne du triomphe, va lui prodiguer ta tendresse au radieux séjouF. Mais, ô tendre Mère, n'oublie pas ceux que tu as aimés ici -bas; daigne songer à nous; sois l'interprète de nos vœux, car un fils tout- puissant ne peut rien refuser à sa mère. »
Quoique les sujets sérieux et graves fussent davantage dans ses goûts , comme nous le verrons à mesure que nous avancerons dans l'étude de ses travaux , il ne dédaignait pourtant pas les fictions aimables et gracieuses . Il se plaisait à dérider de temps en temps son front , trop souvent soucieux. On jugera s'il ne réussissait pas aussi bien dans ce genre que dans les autres. Nous prendrons toujours dans le même répertoire une idylle adressée à une alouette prise dans un piège :
Tu quoque versiculis celebrabere, cassita, nostris;
Et dicet casus nostra camrena tuos.
Tu nuper celso dulces ex œthere canlus
Fundebas; nunc te carcer acerbushabet.
Te hetus larga armentis jam pascua spondens
Durave aratra parans audiit agricola.
Audiit ipse tuae Lycidas modulamina vocis,
Tibiaque est cantus saepè secula tuos; Et victus Lycidas vocis tibi prœmia cessit,
Tibiaque est modulis exsuperata luis.
Tu inatulino recreasti carminé campos,
Dùm premeret procerum lumina fessa sopor, Juxtà radiées quercûs procumbere pastor
Assuevit, liquidos te modulante sonos; Et teneros ovium fœtus mollesque juvencas
Linquere, concentùs captus amore tui.
Saltantes et saepè choros duxêre puellae
Et pressêre levi florida rura pede.
Et Galalaea jocans calamos inflare Meualcam
Jussit, et alba olli lilia pollicita est. Te flores dicente novos et ruris honores,
Lœtus frugiferos messor adivit agros.
Ipse etiam sudore madens Mavortis alumnus
Constitis ad voces, dulcis aluda, tuas.
Sed tu collectis siluisli frugibus anni,
Et capta es laqueis, otia blanda trahens. Talibus exemplis monitus contagia turpis
Pigriliae peliam, lethiferumque malum.
OZANAM
C'est toujours M. Legeay qui traduit :
« Petite alouette, tu seras aussi le sujet de mes vers, et ma muse chantera tes vicissitudes. Naguère tu faisais entendre ta voix au plus haut des airs, aujourd'hui te voilà confinée dans une humble et étroite prison. Le laboureur était ravi de t'entendre, soit qu'il songeât à envoyer ses bœufs de l'étable aux pâturages, soit qu'il se préparât à creuser son sillon. Le pasteur était charmé de tes mélodieux accents, et essaya plus d'une fois de les imiter sur sa flûte. Mais plus d'une fois aussi il s'avoua vaincu, et il te céda le prix de sa douce harmonie. C'est toi qui charmais les campagnes de ton chant matinal, tandis que les heureux de la terre étaient encore engourdis dans le sommeil. Attentif à tes accords si gracieux et si variés, le berger laissait paître en paix ses jeunes agneaux et ses tendres génisses, et allait s'asseoir au pied du chêne. Au signal de les chants les jeunes filles du hameau dansèrent souvent en