‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 62 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Non nostra fumus pectora futilis Seducet unquàm : non ego munera, Non copiam quaero molcsfam , Non solidi grave pondus auri.

I nunc, profanum vulgus, et improbas Inquire gazas; thuraque pinguia Impone Fortunae per aras , Et nitidura venerare Piutum.

Ridens agellus, fructibus et rosis Distinctus horlus, limpidus et latex, Carique amor constans amici Me satis efficient beatum.

OZANAM

Traduction :

« Salut, bois touffus, bocages qui inspirez la piété! Salut, jardins émaillés de fleurs. Je suis enfm libre de travaux, et la sombre ville me renvoie à la lumière des champs. Il est doux le destin qui me dégage des affaires, et me rappelle au sein d'une paisible campagne, où je puis revoir des ombrages frais et de gracieuses retraites. Là un doux repos calmera mes soucis, ramènera la paix dans mon cœur, et me fera goûter de délicieux loisirs. Voyez-vous comme la brillante aurore anime les cieux; comme sa tête est couronnée de roses, comme elle s'avance sur son char d'or, pour prendre possession des vertes prairies! 0 riant séjour, ô pacifique asile! qu'il est doux de s'enfoncer dans l'ombre épaisse de la charmille ou du taillis , et là de charmer par le culte des muses et de la sagesse les heures qui fuient sans qu'on s'en aperçoive! Qu'il est doux de s'asseoir sur la verte pelouse près du lit d'un ruisseau, ou de se reposer dans une grotte encore humide de la rosée du matin , pour y évoquer les souvenirs de l'école de Socrate ! Que le guerrier brave la mort pour y chercher une gloire souillée de sang : que le poète, pour atteindre la renommée , pâlisse sur ses vers et leur consacre de longues veilles : que

l'ambitieux aille ramper dans les cours; qu'il épuise tous les artifices de l'intrigue pour parvenir à de vains honneurs, non, non, mon cœur ne sera point enivré de cette fumée. Que m'importent ces faux biens, une stérile abondance, et beaucoup d'or! Va, profane vulgaire, recherche tant qu'il te plaira de déplorables trésors, rends tes hommages à Plutus, et couvre de riches offrandes les autels de la Fortune. Pour moi, voici ce qui me suffit pour être heureux : un petit enclos d'un aspect riant, un jardin où je voie des fruits et des fleurs, une source vive et pure , et le cœur d'un ami fidèle. »

Il composa sur le mètre de la strophe saphique , en l'honneur de l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une pièce de vers , dont les naïves peintures semblent être un reflet de la beauté antique.

On y voit les éi.ins de son âme vers le ciel, on y sent les battements de son cœur, embrasé par la contemplation de ce grand mystère :

Ecquis ardentes graditur pér auras Veste fulgenti radians, et ore Flammeo sacros jaculatus ignés Fertur ad astra ?

Insidet vultu rutilante fulgur, Fronte majestas veneranda splendet , Atque divinum coma flavalatè Spirat odorem.

0 dies cunctis celebranda sœclis!

0 decus tanti nitidum triumphi , Quo redit cœlis trepidumque Christus Proterit orcum.

Jamque consurgens miseras relinquit Arduus terras , procul et jacenles Despicit montes, patriasque cœli Tendit ad arces.

Page 1