CHAPITRE II
Qualis horrendas tumuli tenebras Vicit, et mortis nigra vincla rumpens Tartari clarus spoliis, revisit Limina vitae.
Non honor (antus sequitur coruscas Luminis flaramas, ubi sol micantem Fulgidus currum régit, atque leetum Recréât orbem.
Quid frémis frustra, Satanas? quid orcus Horridum frustra gémit? en triumpbat Ille qui portas Erebi necisque Régna refregit.
Ecce felices anima? sequuntur Liberatorcm , celebrantque laetis Cantibus , gaudentque choro frequenti Ducere regem.
OZANAM
Traduction :
« Quel est celui qui, au milieu de la splendeur du jour, s'élève ainsi vers les cieux? Sa robe est étincelante de lumière, il rayonne lui-même d'un éclat divin. D'éblouissants éclairs partent de son visage; la majesté brille sur son front, et de sa chevelure sacrée s'exhale au loin un parfum céleste. 0 jour à jamais mémorable! ô magnifique et glorieux triomphe!
« Le Christ foule de son pied l'enfer dompté, et monte radieux au séjour de son Père. En prenant son essor, il quitte notre malheureuse terre; il jette encore ses regards sur nos montagnes qui s'abaissent au-dessous de lui, et il approche du trône paternel. Telle était sa gloire et sa splendeur, lorsque , vainqueur de la mort, il ressuscita, emportant avec lui les dépouilles du séjour infernal. Le soleil n'a point autant d'éclat, lorsqu'au milieu d'un jour serein il lance des flots de lumière, et ranime le monde de ses feux. En vain l'esprit ténébreux frémit; en vain l'infernale demeure pleure les pertes qu'elle a faites. Le triomphe de celui qui a brisé les portes du trépas est irrésistible. Les justes qu'il a sauvés suivent leur libéra-
teur; ils célèbrent ses louanges par des chants d'allégresse et lui font un cortège digne de leur roi. »
En 1826, c'est-à-dire à l'âge de treize ans, il fît les vers suivants , sur la mort héroïque du chevalier d' Assas :
Assas eques pro exercitùs salute se morti devovet.
Armorum slrepitu fervens, Martisque tumultu Dudùm flagrabat tristi Germania bello; Et procul à patriâ Gallorum invicta juventus Mille novas metere ardebat per prœlia lauros. Ecce Borussorum confestim exercitùs ingens Gallica castra parât sub nigrà invadere nocte Atque novam telis victricibus addere famara.
Obscurum propè castra fuit nemus, horrida densis Quod nox velabat tenebris : hic nullacoruscam Sidéra vibrabant lucem, nec candidacaecos Luna viatorjs gressus splendore regebat.
Hanc svlvam insidiis hostes circumdaregaudent; Festinant Iaeti : vino somnoque sepullos Jam sperant Gallos passim sine lege jacere, Jam se victores credunt, jam crede futurâ Lœtantur, jamque incautà sub mente triumphant. Spes haud vana quidem, certissimaorigo triumphi, Gallica si in bello sciret dormire juventus ! At contra, vigiles Galli sensêre dolosas Insidias , properanlque viros demitlere mille , Qui sylvam latè explorent hostesque requirant. Imperat bis, multis lectus de millibus unus, Assas eques, carpitque viam per opaca locorum , Scrutanturque nemus tacitasque interrogat umbras. Sed dùm prœcurrit solus, lentèque sequentes Ante volai turmas dentisque vagatur in umbris, En subito à latebris prorumpunt agmina : « Sta, vir, Inclamant, quem nos... si compellare sequentes
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Audcres tonnas... » Simul oranes vulnera circùm Lethifera intentant; sed frustra : interritus héros Mille necesvidet instantes, patriaeque salutem Vitae ipsi praefert. Extemplo voce sonorà : « Hostis adcst , Arverna phalanx; » nec plura locutus, Procumbit, vifamque simul cum sanguine fundit. »
OzANAM.
Dévouement du chevalier d'Assas.
« Depuis longtemps l'Allemagne était le théâtre d'une lutte sanglante et était désolée par la guerre. Un invincible essaim déjeunes Français brûlaient de combattre, et de cueillir sur la terre étrangère les lauriers de la victoire. Les Prussiens de leur côté n'ont point oublie la renommée qu'ils se sont faite. Ils songent à attaquer le camp des Français à la faveur des ténèbres, et veulent se signaler pir un nouveau fait d'armes.
« Près du camp il y avait une espèce de forêt: les ténèbres y sont profondes; ni l'éclat des astres, ni la lumière de la lune ne peuvent y guider les pas du voyageur. Les ennemis dressent là une embuscade, et déjà ils se félicitent du succès. Ils s'imaginent qu'ensevelis dans le vin et le sommeil, les Français sont couchés çà et là, en pleine sécurité. lisse croient sûrs de la victoire, et déjà même ils jouissent dans leur cœur d'un triomphe anticipé. La victoire, en effet, était certaine, et leur espoir n'eût pas été trompé, si les jeunes Français savaient dormir au sein de la guerre. Mais ils ont au contraire pressenti le piège; non seulement ils veillent, mais ils ont envoyé mille hommes pour sonder la forêt, l'éclairer, y chercher les ennemis. Un guerrier d'élite, le chevalier d'Assas, les commande; il entre à leur tête dans ces lieux ténébreux. 11 pénètre partout, interroge les ombres et le silence. Mais au moment où il s'avance seul, bien loin des siens, errant sans précaution dans cette épaisse nuit, soudain une troupe nombreuse sort d'une embuscade : Halte-là, disent-ils ; si tu dis un seul mot, vois... En même temps leurs bras sont levés, leurs baïonnettes l'entourent et le menacent d'une mort certaine.
« C'est en vain : le héros intrépide voit mille morts; mais au-dessus de la vie est son devoir, et le salut de la patrie. Alors, sans hésiter : A moi, d'Auvergne, s'écria-t-il d'une voix retentissante, voilà l'ennemi ! Il n'en put dire davantage, et il tomba baigné dans son sang. »
Quoique cette composition nous paraisse déjà remarquable pour un enfant , soit par l'élévation des sentiments, soit par l'énergie et la fermeté de l'expression, nous ne pouvons nous empêcher d'admirer bien autrement l'ode que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.
Ozanam la fit la même année que la pièce précédente, c'est-à-dire à l'âge de treize ans. On y trouve déjà le poète , le penseur profond , le philosophe chrétien , tel que ses œuvres de l'âge mûr nous ont appris à le connaître, et quand on aura lu ce morceau, on ne sera plus surpris de ce qui a été dit de lui : Ozanam n'a jamais eu de jeunesse.
De vïtse brcvitate.
Qualis tremendus fulminis armiger, Ubi vagantesprospicit alites, Cœli ruit velox ab arce , Et celere rapit ungue prsedam :
Aut qualis olim carcere olympico, Ut clara primùm signa dédit tuba, Pernix equus cursu volucri Emicat, assequiturque metam,
Sic, ô amici, non reparabiles Labuntur anni : sic procul effugit Ridens juventas , tristem et senectam Prsecipiti pede tempus affert.