‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 65 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

s'est fait un nom par une œuvre cligne des grands maîtres, et croit avoir solidement fondé sa renommée. 0 plaisirs passagers! ô gloire éphémère! il faut laisser là cette terre et la renommée de la vie elle-même. Tendre épouse, chers enfants et hons amis, il faut tout quitter; et nous devons tous aller au séjour des ombres. Oh! que ne cherchons-nous surtout le repos de l'âme pendant les courts instants où la vie nous sourit; que ne mettons-nous à profit ce don céleste pour pratiquer la vertu? Croyez -le bien, mes chers amis, croyez- le bien; le temps a des ailes pour s'envoler et fuir; il ne tardera pas à nous emporter avec lui. »

Cette appréciation de la vanité des biens de ce monde, qu'une éducation éminemment chrétienne avait fait si profondément pénétrer dans le cœur d'Ozanam, dès l'âge le plus tendre, ne fit que s'affermir de plus en plus , à mesure qu'il avançait dans la vie , et au milieu même de ses nombreux succès. Aussi, lorsqu'une mort prématurée vint briser sa carrière, il ne fut point surpris, il était prêt, et les espérances qu'il avait placées bien au-dessus des sommets les plus élevés de la gloire humaine, ne furent pas trompées. Lui-même dans ses derniers jours , et presque au seuil de l'éternité, se rendait ce consolant témoignage : « Si une chose me console de quitter la terre, disait-il, avant d'avoir fait ce que j'ai voulu, c'est que je n'ai jamais travaillé pour les louanges des hommes, mais pour le service de la vérité. »

Dès la classe de seconde, il s'exerçait encore , quoique rarement, à tourner quelques vers français, lorsque les circonstances l'inspiraient; ainsi, ayant à écrire une légende sur le bouclier d'une statue de la Victoire, qu'il

suppose avoir été élevée par un prince breton , au milieu d'une forêt, voici l'inscription qu'il y met:

Je suis la déesse puissante

Qui guide au combat les guerriers.

Chère aux mortels, mais peu constante,

J'aime à couronner de lauriers

Le front des nobles chevaliers.

Qui que tu sois, si tes voyages

Un jour t'amènent dans ces bois ,

Arrête, et rends -moi tes hommages,

Car je fais le destin des rois.

Ce fut à cette époque, c'est-à-dire vers l'âge de quinze ans environ, qu'il écrivit un petit volume, renfermant un recueil de vers latins, de toute mesure, sur les sujets les plus variés. On y trouve de véritables petits poèmes. Nous n'en signalons qu'un seul , où le jeune poète , plein d'un aimable enthousiasme pour la religion et la liberté , chante la gloire des généreux Français partant pour la délivrance de la Grèce. Ce recueil était tout simplement un monument de sa reconnaissance , offert à son père et à sa mère , à l'occasion du jour de l'an. Au frontispice, on lisait :

Oplimo 'patri, filialis amoris et rêver entise pi gnus. « Au meilleur des pères , témoignage d'amour et de respect filial. »

Au-dessous était dessinée d'une main peu exercée, une lyre , avec cette modeste devise :

Parvula, sed felix, si tibi grata fuit. « Elle est petite, mais elle sera fortunée, si elle vous est agréable. »

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