‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 66 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une page faisait pendant à la précédente ; on y lisait une autre dédicace, écrite en français; car, cette fois, c'était à sa mère qu'il s'adressait :

« Aune mère chérie, témoignage de reconnaissance et de respect. »

Une épître en vers latins , adressée à son excellent père, sert d'introduction à son petit livre; elle se termine par ce distique :

Tu ne primitias nostrorum sperne laborum ; Neu nobis judex, sed pater esse velis, « Ne dédaignez pas ces prémices de mon travail ; veuillez être non pas pour moi un juge, mais un père. »

Sur la page opposée , il écrivait ces lignes à sa mère : « Chère maman, c'est encore cet écolier étourdi, qui vient vous rompre la tête avec son latin. Prenezvous-en à votre indulgence; vous l'avez accoutumé à croire que tout ce qu'il fait pour vous , peut vous être agréable. D'ailleurs, il vous paye de sa monnaie. C'est le seul présent que sa bourse lui permette de vous offrir, recevez -le avec les vœux que forme pour vous votre fils. Frédéric Ozanam. »

Ce fut l'année suivante, lorsqu'il était en rhétorique, c'est-à-dire en avril! 828 , qu'il composa en vers français une sorte de lamentation de Jérémie, et en vers latins, la traduction d'un sonnet du Tasse à ses chattes, que nous plaçons immédiatement après :

Jérémie sur les ruines de Jérusalem.

Le bras du Tout-Puissant s'était appesanti , Son glaive avait frappé; le cruel ennemi

Prédit par le prophète à Solyme coupable

Avait porté partout sa fureur redoutable.

Le temple démoli, les autels renversés,

Dans des fleuves de sang leurs débris dispersés,

Un peuple tout entier traîné dans l'esclavage:

Partout le deuil , l'effroi, la mort et le carnage.

Les lynx, les vautours errant sur les remparts

Pour dévorer les corps sur les créneaux épais,

Le rocher de Sion brisé par le tonnerre ,

Ces désastres affreux annonçaient à la terre

D'un horrible forfait l'horrible châtiment.

Cependant les captifs s'éloignaient lentement

Et vers les murs d'Assur s'avançaient en silence,

Déplorant du Seigneur la trop juste vengeance;

Ainsi s'accomplissait Tordre de l'Éternel.

Mais pourtant au milieu du peuple criminel

Un mortel élevé dès sa tendre jeunesse

Dans la crainte de Dieu, la vertu, la sagesse,

Zorobabel, traîné par de cruels soldais,

Partageait des malheurs qu'il ne méritait pas.

Jeune encore, il allait dans un dur esclavage

Voir bientôt se flétrir les roses de son âge.

Il eût voulu du moins pour la dernière fois

Saluer ces foyers, le palais de ses rois;

Le temple de son Dieu, la tombe de son père,

Le champ de ses aïeux, et leur humble chaumière,

Les rives du Jourdain, et ces monts sourcilleux

Qui furent tant de fois les témoins. de ses feux.

Des gardes aussitôt trompant la vigilance,

Plus léger que le daim, il s'enfuit et s'élance,

Retourne sur ses pas, et bientôt apparaît

Dans ces lieux que son œil cà peine reconnaît.

Adieu, chère Sion. adieu, brillants portiques

Maintenant abattus.

Adieu , sacrés autels , adieu , fêtes antiques ,

Vous ne serez donc plus!

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