CHAPITRE II
Je ne reverrai plus ces fleurs et ces couronnes
Et ces dons précieux Que les fils de Lévi suspendaient aux colonnes
Dans des jours" plus heureux !
Et ces pontifes saints dont la haute sagesse
Unie à la douceur Chaque jour clans le temple instruisait la jeunesse
A servir le Seigneur!
Vous ne me verrez plus parcourir nos montagnes,
Bois profonds du Carmel , Un ennemi farouche a pillé vos campagnes ,
C'en est fait d'Israël !
Gelboé, Jéricho, vos roses sont flétries,
Et vos tristes vallons Ravagés par les feux de nombreux incendies
Ont pleuré leurs moissons!
Et toi, plus lentement roule tes eaux plaintives,
0 torrent de Cédron , Tu ne reverras plus se former sur tes rives
Les danses de Sion;
Et vous de mes aïeux demeure funéraire,
Adieu, sacrés tombeaux!
0 mes pères chéris! puisse votre poussière
Y dormir en repos !
Je ne reviendrai plus chaque jour y répandre
Le tribut de mes pleurs.
On ne me verra plus le matin y suspendre
Des guirlandes de fleurs.
Ou la mort ou l'exil, l'exil et l'esclavage;
Un vainqueur courroucé :
Voilà donc désormais le funeste héritage
Que vous m'avez laissé!
Mon luth reste muet; autrefois consacrée
A chanter le plaisir, Ma voix dès à présent à la douleur livrée
Ne sait plus que gémir.
Il disait, et les pleurs inondaient son visage. Cependant au milieu de ce désert sauvage Un vieillard près de lui se dirige à pas lents , Son front chauve est courhé sous le fardeau des ans. Il a vu cent hivers, cultivant la sagesse, Et toujours le Seigneur protégea sa vieillesse Contre les vains efforts des peuples et des rois; Lui-même lui prêta son tonnerre et sa voix, Lui-même le sauva des maux de sa patrie, Il le tira des fers : spn nom est Jérémie. Jérémie! il s'avance; alors Zorobahel Se retourne et croit voir le père d'Israël , Abraham, ce vieillard, ce juste vénérable , A qui son Dieu promit une race innombrable, Qui, triste maintenant sur les murs de Sion, Vient pleurer son malheur, pleurer sa nation. Il se jette à genoux sur le sol funéraire, Et, prosternant son front, il baise la poussière. Le prophète s'approchent, lui tendant la main , Le relève aussitôt, le presse sur son sein. « 0 mon fils, lui dit-il, reconnais Jérémie, Qui pleure comme toi les maux de sa patrie; Approche, asseyons-nous sur ces marbres brisés, Ensemble contemplons ces remparts renversés, Et du Dieu tout-puissant admirons la vengeance. » Il disait : avec lui Zorobabel s'avance, Tous deux se sont assis, le prophète inspiré Exhale en gémissant ce langage sacré :
Le cèdre du Liban qui portait dans la nue
Son front audacieux , Est tombé; maintenant sa lige est abattue,