‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 67 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Je ne reverrai plus ces fleurs et ces couronnes

Et ces dons précieux Que les fils de Lévi suspendaient aux colonnes

Dans des jours" plus heureux !

Et ces pontifes saints dont la haute sagesse

Unie à la douceur Chaque jour clans le temple instruisait la jeunesse

A servir le Seigneur!

Vous ne me verrez plus parcourir nos montagnes,

Bois profonds du Carmel , Un ennemi farouche a pillé vos campagnes ,

C'en est fait d'Israël !

Gelboé, Jéricho, vos roses sont flétries,

Et vos tristes vallons Ravagés par les feux de nombreux incendies

Ont pleuré leurs moissons!

Et toi, plus lentement roule tes eaux plaintives,

0 torrent de Cédron , Tu ne reverras plus se former sur tes rives

Les danses de Sion;

Et vous de mes aïeux demeure funéraire,

Adieu, sacrés tombeaux!

0 mes pères chéris! puisse votre poussière

Y dormir en repos !

Je ne reviendrai plus chaque jour y répandre

Le tribut de mes pleurs.

On ne me verra plus le matin y suspendre

Des guirlandes de fleurs.

Ou la mort ou l'exil, l'exil et l'esclavage;

Un vainqueur courroucé :

Voilà donc désormais le funeste héritage

Que vous m'avez laissé!

Mon luth reste muet; autrefois consacrée

A chanter le plaisir, Ma voix dès à présent à la douleur livrée

Ne sait plus que gémir.

Il disait, et les pleurs inondaient son visage. Cependant au milieu de ce désert sauvage Un vieillard près de lui se dirige à pas lents , Son front chauve est courhé sous le fardeau des ans. Il a vu cent hivers, cultivant la sagesse, Et toujours le Seigneur protégea sa vieillesse Contre les vains efforts des peuples et des rois; Lui-même lui prêta son tonnerre et sa voix, Lui-même le sauva des maux de sa patrie, Il le tira des fers : spn nom est Jérémie. Jérémie! il s'avance; alors Zorobahel Se retourne et croit voir le père d'Israël , Abraham, ce vieillard, ce juste vénérable , A qui son Dieu promit une race innombrable, Qui, triste maintenant sur les murs de Sion, Vient pleurer son malheur, pleurer sa nation. Il se jette à genoux sur le sol funéraire, Et, prosternant son front, il baise la poussière. Le prophète s'approchent, lui tendant la main , Le relève aussitôt, le presse sur son sein. « 0 mon fils, lui dit-il, reconnais Jérémie, Qui pleure comme toi les maux de sa patrie; Approche, asseyons-nous sur ces marbres brisés, Ensemble contemplons ces remparts renversés, Et du Dieu tout-puissant admirons la vengeance. » Il disait : avec lui Zorobabel s'avance, Tous deux se sont assis, le prophète inspiré Exhale en gémissant ce langage sacré :

Le cèdre du Liban qui portait dans la nue

Son front audacieux , Est tombé; maintenant sa lige est abattue,

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