CHAPITRE II
Et ses rameaux qui jusqu'aux cieux Semblaient aller braver la foudre Ont été mis en poudre.
Le lis de Bethléem a perdu sa blancheur,
La rose n'a plus sa fraîcheur; Toi-même tu verras s'écouler ta jeunesse, Tu verras s'éclipser ta force et ta vigueur,
Et ta beauté n'est qu'une fleur Que flétriront bientôt les ans et la vieillesse. Tout passe sous le ciel, Je t'en prends à témoin.
Qu'as-tu donc fait de ta puissance?
Tu fus si grande aux jours heureux Où tes princes religieux Adoraient le Seigneur, imploraient sa clémence.
La victoire suivait leurs pas , Et Jéhovah lui-même armé de son tonnerre Les précédait dans les combats.
Mais depuis que Sédécias Osa d'une main téméraire Briser son joug et renverser ses lois , Le Seigneur offensé, dans sa juste colère, Frappa ce peuple ingrat qu'il avait tant de fois
Couvert de son bras tutélaire.
Ses vierges, ses vieillards conduits dans l'esclavage
Déplorent en vain leur malheur; Tous subissent le joug d'un ennemi vainqueur, Et Sion pleure son veuvage.
Où j'entendais des hymnes solennels, Je n'entends plus que le silence; Et sur ces saints autels Où reposait l'arche de l'alliance, Je ne vois plus que des monstres muets, Qui , tous gorgés de sang et de carnage , A de nouveaux repas vont exercer leur rage. Où sont ces rois d'un peuple criminel?
Où sont ces princes d'Israël ,
Qu'hier encor dans leur palais superbe Je vis marcher avec splendeur?
Tous ont desséché comme l'herbe Qu'abat la faux du moissonneur.
Adore maintenant , adore tes idoles Infortuné Sédécias!
Sans doute elles pourront, ces déités frivoles,
Arracher tes fils au trépas; Mais de leur sang déjà la terre s'est rougie
A ton aspect et sous tes yeux.
Tu ne reverras plus la lumière des cieux; La clarté du soleil à jamais t'est ravie. Applaudissez, fiers ennemis ; Édom , Assur, Ninive , Babylone , Applaudissez, vos vœux sont accompli?.
Le Tout-Puissant a brisé notre trône, Lui-même a guidé vos soldats , Qui, soutenus de sa puissance, Sans le savoir ont servi sa vengeance.
Lui-même arma leurs bras, Fit marcher devant eux la mort et l'épouvante, Et dans Jérusalem tremblante Lui-même conduisit leurs pas.
Oui, Seigneur, tu frappas cette ville rebelle: Heureuse, si toujours attentive à ta voix
Elle eût été fidèle !
Tout passe sous les cieux, les peuples et les rois; Ta parole, ô mon Dieu, reste seule éternelle!
Il disait : la douleur l'interrompt à ces mots, Il soupire, il gémit, il éclate en sanglots, Mais bientôt il reprend d'une voix solennelle:
De ces tristes débris que l'éloquente voix Demeure dans ton cœur profondément gravée, Que le deuil de Sion , que le sort de ces rois , Que Babylone enfin de son sang abreuvée,