‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 71 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

eonsacre-t-il les lignes suivantes à signaler l'admirable délicatesse de sa charité.

« On a beau lire les pages qu'il nous a laissées , on a beau se rappeler ses actes et ses discours , on n'y découvre ni la colère qui se venge, ni l'amertume qui s'accroît en se répandant, ni le mépris qui brave, ni l'ironie qui se moque , sous prétexte d'instruire ou de corriger. Sans abaisser jamais l'Église devant le monde, il tient d'une main généreuse, parce que c'est la charité qui la guide , le sceptre tout-puissant. Il plaint plus qu'il n'accuse , il pardonne plus qu'il ne condamne , et, toujours invincible sous le bouclier, il tempère dans son épée la force qu'il y sent, de peur d'achever la mort en quelque âme qui peut encore revivre '. »

Ce fut au milieu de ces généreux combats que sa foi livrait au doute, à l'âge de quinze ans, c'est-à-dire dès 1829, que surgit dans son âme meurtrie, mais toujours pleine de courage et d'ardeur, une pensée qui ne le quitta plus , et qu'il poursuivit jusqu'à son dernier soupir ; la pensée qui présida , ou plutôt qui inspira toutes ses œuvres : prouver la divinité de la religion par l'histoire. Déjà il formait le dessein de composer un ouvrage qui devait avoir pour titre : Démonstration de la vérité de la Religion catholique, par l'antiquité des croyances historiques religieuses et morales. Il voulait, sans doute, venir ainsi en aide aux esprits que la foi n'avait pas encore suffisamment éclairés, et qui seraient visités par les mêmes épreuves dont il eut le bonheur de sortir vainqueur.

1 Œuvres complètes , t. I . p. 150.

Un prêtre, aussi modeste que distingué, qui ne visa jamais à la célébrité, M. l'abbé Noirot, professa la philosophie pendant vingt ans au collège de Lyon , avec un rare succès. Ozanam eut le bonheur de l'avoir pour maître, et c'est à lui qu'il dut l'affermissement complet de sa foi. Il saisissait toutes les occasions de proclamer cet inestimable bienfait, et d'en exprimer sa profonde reconnaissance. Il écrivait à M. Fortoul : « Quel ami, ce bon M. Noirot ! sa bonté est toujours la même. A lui , reconnaissance éternelle !. »

Nous habitions Lyon à cette époque, et nous nous rappelons les mauvaises querelles que des esprits étroits suscitèrent contre cet érhinent professeur, parce qu'il ne suivait pas dans son enseignement les routes battues jusqu'alors. On aurait voulu de lui une exposition directe, claire et positive des vérités chrétiennes. Pour un séminaire, nous l'avouons, cette méthode pouvait être la plus simple et la meilleure; mais, pour des jeunes gens qui vivent au milieu du monde et de l'atmosphère empoisonnée de ses préjugés, la marche suivie par M. Noirot était plus habile, plus sage et plus sûre.

Il finissait par où l'on aurait voulu qu'il commençât; car le dogme, dans toute sa pureté, était le terme nécessaire de ses argumentations. Il conduisait ainsi insensiblement, et avec art, ses élèves à admettre les principes chrétiens, sans qu'ils s'en doutassent, et sans qu'ils eussent le temps de se mettre sur la défensive. Lorsqu'à la suite d'ingénieux et savants raisonnements il

i Lettres, t. I, p. 14.

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