‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 72 sur 313 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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les avait amenés à une conclusion dogmatique, par exemple , à celle de Y existence de Dieu , il leur disait avec une pieuse malice : «Vous voyez, Messieurs, que le philosophe le plus profond et le plus exercé finit par découvrir, après de longues et pénibles études, tout juste ce que sait le petit enfant qui a appris son catéchisme. »

Il ne répondit du reste, aux accusations calomnieuses qu'on élevait contre lui , que par un silence digne d'un philosophe chrétien, et surtout en formant des hommes tels qu'Ozanam, Blanc Saint-Bonnet, le poète Laprade , aujourd'hui l'un des quarante de l'Académie française; Bouchacourt, ancien chirurgien de l'hôpital général de la Charité à Lyon ; Artaud , qui fut médecin des aliénés de l'Antiquaille, dans la même ville ; le peintre Janmot, et tant d'autres, qui ont dû à l'enseignement de M. l'abbé Noirot le bonheur de conserver leur foi, et des principes religieux au milieu des travaux et des lettres qui leur ont valu une juste célébrité.

M. Cousin ne se trompait donc pas, lorsqu'il proclama un jour le saint prêtre qui obtenait sans bruit d'aussi éclatants succès : le premier professeur de France.

« M. Noirot, dit M. J.-J. Ampère1, procédait avec les jeunes gens par la méthode socratique. Lorsqu'il voyait arriver dans sa classe de philosophie un rhétoricien bouffi de ses succès , et aussi plein de son importance que pouvait l'être Eutydème ou Gorgïas, le Socrate chrétien commençait, lui aussi, par amener son jeune

1 Notice biographique, Journal des Débats, 9 et 12 octobre 1853.

rhéteur à convenir qu'il ne savait rien ; puis , quand il l'avait, pour son bien, écrasé sous sa faiblesse, il le relevait, en cherchant avec lui , et en lui montrant ce qu'il pouvait faire. L'influence que ce maître habile exerça sur Oznnam décida de toute la direction de ses pensées. »

Cet incomparable professeur avait le talent de faire aimer les études sérieuses, en se faisant aimer luimême, au point d'attirer souvent autour de sa chaire les élèves qui avaient terminé leur cours de philosophie. Il devenait alors leur ami et leur conseiller dans les travaux divers qu'ils entreprenaient chacun selon le don qu'ils avaient reçu* de la Providence.

Le jeune Ozanam usa et abusa souvent de tant de bonté. Sa confiance dans son excellent maître était sans bornes ; il n'entreprit et ne fit paraître aucun de ses ouvrages sans l'avoir consulté en détail sur le plan et les différentes parties de ses écrits. Souvent même, M. Noirot poussa la bienveillance jusqu'à prendre cet obscur écolier pour compagnon de ses promenades, aux bords escarpés et silencieux de la Saône , dans les environs de Lyon (c'était ordinairement au midi de la ville, à la Quarantaine et aux Étroits); et là ils philosophaient ensemble sans s'apercevoir de la rapidité , avec laquelle le temps leur mesurait ses heures.

Yoici les doux souvenirs que le temps du collège avait laissés dans le cœur d' Ozanam ; il les a consignés luimême dans une lettre qu'il écrivait de Paris à sa mère, le 16 mai 1834 : « J'aime beaucoup à me rappeler tout ce que je sais de ma vie, depuis mon enfance. Souvent nous parlons de ce temps avec Chaurand. Le collège y

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