CHAPITRE III
la foi catholique, qu'il s'efforça de servir toute sa vie, -le trouva toujours sur ce point d'une scrupuleuse docilité.
Nous possédons sur le grand travail dont il est ici question, de nombreux cahiers; mais il suffira de donner un aperçu de ce gigantesque dessein dont Ozanam changea la forme plus tard \
Nous tenons d'autant plus à tracer les grandes lignes de l'immense édifice qu'il se proposait de construire, qu'elles renferment en quelque sorte le résumé de tous ses travaux , et la pensée mère qu'il ne cessa de cultiver pendant sa vie entière. Sans doute il songeait à cet important dessein esquissé dès sa jeunesse lorsqu'il nisait vingt ans après : « Le moment est venu de tenir à Dieu les promesses de mes dix-huit ans. »
C'était en effet à dix-huit ans, c'est-à-dire en 1831, qu'il exposait en détail , à l'un de ses parents, du même âge que lui , le fameux projet qu'il avait conçu dès les premières années qu'il avait passées au collège. Pour être plus exact, nous citerons les paroles mêmes du jeune auteur de cette lettre : « Courage, disait-il à son cousin , nous ne construirons pas toujours en l'air ; au milieu de cette atmosphère vaporeuse qui enveloppe notre avenir, je vois s'élever, de jour en jour je le vos de plus près, un monument grandiose , non plus fondé sur le sable, comme dit le bon Descartes, mais sur le roc et l'argile. Tu me comprends à demi-mot, et tu vois que j'en viens à notre sujet favori, à notre ouvrage.
1 Nous donnerons plus loin , dans l'ordre chronologique de sa vie , le plan définitif de son travail qu'il a tracé lui-même. 11 se trouve dans l'introduction placée à la tète du premier volume de ses œuvres complètes.
.« Oh ! pour celui-là, ce n'est point un rêve de jeune homme; non, c'est un penser fécond déposé dans notre esprit , pour s'y développer sans cesse , et se produire ensuite au dehors sous une forme magnifique. Là dedans, est notre avenir, notre vie entière. Là, viennent converger toutes mes pensées , tous mes projets , toutes mes rêver'es ; et puisque tu veux que je t'en trace le plan , le voici :
« Depuis que j'ai réfléchi sur le sort de l'humanité , une idée principale m'a toujours frappé ; de même qu'une fleur contient dans son sein les germes innombrables des fleurs qui doivent lui succéder, de même le présent, qui vient du passé, contient l'avenir. Si donc il est vrai que l'humanité va subir une recomposition nouvelle à la suite des révolutions qu'elle éprouve, il faut reconnaître que les éléments de cette synthèse définitive doivent se retrouver dans le passé ; car on ne saurait admettre que la Providence ait laissé le genre humain assis durant six mile ans à l'ombre de l'erreur et de la mort, sans lumière et sans appui.
« En appliquant cette formule à la religion , nous dirons que l'homme étant un être essentiellement religieux , et la religion étant essentiellement nécessaire à son développement intellectuel et moral, il est impossible qu'il soit resté un siècle seulement dans l'ignorance ou dans l'erreur sur un sujet aussi grave ; d'un autre côté , pouvait-il , par ses propres forces , arriver bientôt à la vér té religieuse? Non, puisqu'au bout de quatre mille ans, Aristote et Platon, les deux plus grands génies qui aient jamais existé, étaient encore bien loin de posséder des idées- pures; et ce qu'il y a