‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 78 sur 313 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

toire naturelle de chaque pays, de l'astronomie, de la psychologie, de la philologie, de l'ethnologie.

« Car la connaissance des révolutions , des langues et des peuples , servira de donnée et de contre-épreuve à l'histoire des révolutions religieuses; et d'ailleurs, comme les révolutions du monde physique et du monde social, ainsi que les passions du cœur, viennent tour à tour se réfléchir dans les croyances, il faut savoir les démêler, et il faut les connaître.

« Ne te décourage pas , cependant ; il y a derrière nous bien du travail terminé : le Mithridate d'Adelung, la Symbolique de Creuzer, les travaux de Champollion , d'Abcl Rémusat, d'Eckstein, de Schlegel et de Gœrres, nous offrent des mines riches à exploiter. D'ailleurs, nous sommes deux, et nous pourrons même nous joindre des collaborateurs : j'ai là-dessus un projet que je te communiquerai de vive voix. Enfin , à vaincre sans péril , on triomphe sans gloire, et plus l'œuvre est difficile, plus il sera beau de l'accomplir '. »

À la suite de cette lettre , un peu longue à la vérité , mais qui révèle le plan immense qu'Ozanam avait formé si jeune encore, nous ne pouvons résister au plaisir de montrer avec quel enthousiasme il embrassait son sujet , affrontant les incalculables travaux auxquels l'obligeait la tâche qu'il s'était donnée. Nous trouvons l'expression des saints transports de son âme en contemplant l'œuvre qu'il méditait , à la fin d'une lettre écrite quelques mois avant celle que nous venons

1 Œuvres complètes d'Ozanam. Lettres, t. I, p. 15 et suivantes. Lettre à M. Ernest Falconnet , aujourd'hui conseiller à la cour d'appel de Paris.

de citer. Elle était adressée à deux de ses anciens camarades de collège. Il savait qu'à Paris ils étaient exposés au souffle pernicieux du matérialisme, et son zèle s'efforçait de les en préserver.

« Ébranlé quelque temps par le doute, dit- il, je sentais le besoin invincible de m'attacher de toutes mes forces à la colonne du temple, dût-elle m'écraser dans sa chute; et voilà qu'aujourd'hui je la retrouve, cette colonne , appuyée sur la science , lumineuse des rayons de la sagesse, de la gloire et de la beauté ; je la retrouve, je l'embrasse avec enthousiasme, avec amour. Je demeurerai auprès d'elle , et delà j'étendrai mon bras; je la montrerai comme «un phare de délivrance à ceux qui flottent sur la mer de la vie. Heureux si quelques amis viennent se grouper autour de moi ! alors nous joindrions nos efforts, nous créerions une œuvre ensemble, d'autres se réuniraient à nous, et peut-être un jour la société se rassemblera -t- elle tout entière sous cette ombre protectrice ; le catholicisme , plein de jeunesse et de force , s'élèverait tout à coup sur le monde ; il se mettrait à la tête du siècle renaissant, pour le conduire à la civilisation, au bonheur ! 0 mes amis, je me sens ému en vous parlant, je suis tout plein de plaisir intellectuel ; car l'œuvre est magnifique , et je suis jeune. J'ai beaucoup d'espoir, et je crois que le temps viendra où j'aurai nourri, fortifié ma pensée, où je pourrai l'exprimer dignement1. »

Dans l'étude de l'avoué chez lequel Ozanam travaillait, il y avait malheureusement, comme presque par-

1 Lettre à M. Hippolyte Fortoul et à M. H***, étudiants on droit.

Œuvres complètes d'Ozanam. Lettres, t. I. p. 7.

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