‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 79 sur 313 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

tout, des jeunes gens sans foi et sans mœurs. Ils eurent le bon goût, à leur sens, de raconter à leur nouveau camarade l'histoire dégoûtante de leurs orgies, et de vomir contre la religion tous les blasphèmes et les railleries sacrilèges qu'ils avaient puisés dans les mauvais livres dont ils faisaient leurs immondes délices. Mais ils ignoraient avec quel rude jouteur ils allaient se mesurer. Ils ne tardèrent pas toutefois à le connaître; entre des libertins ignorants et le jeune athlète qu'ils avaient pris à partie , et dont la foi robuste venait de s'affermir encore à l'école d'une philosophie solidement chrétienne, la lutte ne pouvait rester un instant douteuse. Quoique infiniment plus jeune que ses adversaires , il les eut bientôt réduits au silence. Il les fit rougir de leur vie licencieuse, répondit à leurs objections et à leurs difficultés avec une force et une érudition si nouvelles pour eux, qu'ils en furent en quelque sorte atterrés et confondus. Ils se croyaient des géants, comme Goliath, ils avaient pitié de la jeunesse de ce nouveau David, mais, comme lui aussi, ils reçurent une pierre au milieu du front. Dès lors , les propos licencieux ne se tinrent plus qu'à voix basse , à la manière des écoliers qui ont peur de la férule du maître, et toute polémique religieuse fut abandonnée. Celui qu'ils avaient tenu d'abord pour un enfant, fut désormais entouré de leur respect et de leur estime. Ozanam lui-même nous racontait avec bonheur, à cette époque , tous les détails de ce premier combat et de cette première victoire. C'est ainsi qu'il commença à s'exercer aux luttes qu'il eut à soutenir plus tard ; car, toute sa vie , il se fit l'infatigable champion de la foi et de l'Église.

Cependant Ozanam copiait , copiait toujours ses malheureuses minutes , et nous ne savons trop si son patron y trouvait son compte ; car, habitué à écrire très fin et très serré , il devait oublier que pour les rôles on suit une méthode tout opposée. Nous ne répondrions même pas qu'il ne s'y glissât quelques incorrections; son corps, en effet, était bien à l'étude; mais tout en grossoyant ses actes, sa brillante imagination et l'activité dévorante de son esprit l'entraînaient bien loin de là. Il disposait, par exemple , l'ensemble d'un poème épique en vers latins sur la prise de Jérusalem par Titus, il composait quelques articles , ou quelque sujet de poésie, pour une revue mensuelle qpi paraissait à Lyon, sous le nom de Y Abeille.

Déjà, pendant les dernières années qu'il passa au collège, Ozanam avait donné plusieurs pièces de sa composition à ce recueil philosophique et littéraire que M. l'abbé Noirot et M. Urbain Legeay avaient pris sous leur bienveillant patronage, pour stimuler l'émulation de leurs élèves. Nous aurions pu citer plus tôt quelquesuns des morceaux que nous allons transcrire ; mais nous ne voulions pas y revenir deux fois, et l'ordre chronologique ne devait point d'ailleurs en être sensiblement troublé.

N'oublions pas ici que nous sommes historien avant tout; quelle que soit l'admiration bien naturelle, il faut en convenir, que nous professons pour les œuvres de notre frère , nous sommes loin de les proposer toutes comme des chefs-d'œuvre; seulement il nous a paru nécessaire, pouf bien faire connaître l'homme distingué dont nous écrivons la vie , de produire de distance en

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