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distance un certain nombre de ses écrits , de telle sorte que Ton puisse suivre, en quelque manière pas à pas, les progrès de son talent, et mieux juger des fruits qu'il recueillait de ses études et de ses nombreux travaux. Nous empruntons encore à M. Urbain Legeay, qui les a religieusement recueillis , les détails dans lesquels nous allons entrer relativement à la part active que prit Ozanam dans la rédaction de Y Abeille, surtout pendant les années 1829 et 1830 '.
Les morceaux que nous allons citer auront au moins l'avantage de montrer d'une manière de plus en plus frappante quelles furent dès lors les tendances de son esprit. Les convictions religieuses et les inspirations philosophiques sont l'àme de tout ce qui sort de sa plume, elles se manifestent par des dissertations spéciales d'une certaine étendue.
Ainsi, dans les premiers articles, il indique rapidement, mais avec une énergique précision, les raisons fondamentales qui établissent solidement l'importance de la philosophie; puis, après avoir essayé de déterminer le nombre, la portée et l'emploi des facultés intellectuelles, il trace, dans une suite de petits traités fort substantiels, l'histoire analytique de la philosophie à partir du moyen âge, les époques antérieures ayant déjà été traitées dans les précédentes livraisons de F Abeille, par M. Fortoul, son condisciple et son émule2; puis il montre très bien , avec une concision remarquable , que
1 Étude biographique sur Ozanam, par M. Urbain Legeay, p. ±'i et suivantes.
2 On sait que M. Hippolyte Fortoul devint plus tard ministre de l'instruction publique.
la vérité de ?a religion chrétienne est prouvée par Fanas logie de toutes les croyances ; cette analogie, il la trouve 1° dans les histoires sacrées de toutes les nations, et danleurs traditions historiques ; 2° dans leurs dogmes religieux, et dans les mystères qu'ils admettent; 3° dans l'unité de leur morale; 4° dans les caractères du culte extérieur qu'ils rendent à la Divinité.
On voit qu'il prélude déjà au vaste plan qu'il exposait dans une lettre que nous avons citée plus haut , adressée à son cousin M. Ernest Falconnet. 11 y a dans ces différentes pièces, que nous désirerions mettre toutes sous les yeux du lecteur, le. cachet d'une verve tout à fait originale ; nous donnerons seulement ici la dernière.
« Enseigner à l'homme son origine , lui révéler son Créateur, lui dicter ses devoirs , c'est une grande partie des bienfaits de la religion, mais non pas tous. Le dogme nourrit l'intelligence, le précepte dirige la volonté ; mais l'intelligence et la volonté ne font pas tout l'homme. Unie par des rapports mystérieux à des organes matériels, l'âme de l'homme a besoin d'agir sur eux; elle agit en effet. Une pensée grande, une affection forte qui remplit notre esprit , a besoin de s'exprimer au dehors , et elle s'exprime par la parole, le geste, ou l'action. Réciproquement, le corps modifié réagit sur l'âme , les impressions des sens modifient l'intelligence ou la volonté, les affections de l'âme se réfléchissent dans les actes du corps, et les modifications du corps se réfléchissent à leur tour dans les manières d'être de l'âme.
« Ainsi, les pensées religieuses auront besoin d'une expression sensible; elles se réfléchiront dans les pratiques, et les pratiques religieuses nourriront les senti-
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ments pieux dans l'âme : et quand il fut dit à l'homme de servir Dieu de toutes ses forces, ce commandement s'adressa au corps comme à l'esprit.
« Or cette utilité, cette nécessité des pratiques religieuses que nous venons de reconnaître rationnellement, fut spontanément avouée dès les premiers âges du monde; partout le culte eut ses cérémonies, ses pompes; la pensée de Dieu, son expression.
« 0 vous à qui la prière semble un hommage inutile , regardez , et voyez tous ces peuples à genoux devant Celui qui lésa créés ; entendez ce concert immense, cette vaste harmonie qui monte vers le ciel ! L'univers matériel était sans voix, parce qu'il était sans intelligence ; l'univers matériel était sans culte , sans adorateur, et pourtant ce culte était dû. L'intelligence de l'homme prête une voix à la matière pour louer Dieu. Conçue dans les profondeurs du cœur humain , la prière s'exprime sensiblement par la parole. Au milieu du silence de la nature , elle s'élève seule ; mais au nom de la nature entière, elle s'élève vers le Tout- Puissant. Ainsi l'homme , roi de la création terrestre , en est en quelque sorte le pontife ; il la représente devant Dieu , quand il prie.
« A son tour, chaque grande famille d'hommes a sa représentation religieuse. Distraite, par leurs opérations continuelles , du culte dû au Créateur, les hommes ont parmi eux des personnages dont la mission est de prier pour tous, et tandis que chaque être raisonnable exerce un culte privé au nom de la nature , le prêtre exerce un culte public au nom de la société.
« Partout se retrouve ce double ministère. Quel est
le peuple qui ne prie pas? quel est le peuple qui n'a pas ses prêtres? Les nègres, les Cafres, les Mongols ont leur liturgie et leur clergé barbare. Empereur et pontife, le souverain de la Chine représente deux fois son peuple , devant Dieu et devant les hommes.
« Les Scaldes inspirés, les Scandinaves, chantaient des hymnes solennels au dieu du tonnerre et à la déesse de la mort. Poètes , philosophes et pontifes, les druides exerçaient un triple empire sur l'esprit de nos ancêtres. Les Perses eurent leurs mages ; et dans une obscurité mystérieuse s'instruisaient les prêtres d'Egypte et les gymnosophistes.
« Quand les peuplades sauvages de l'Amérique se préparent à leurs chasses lointaines, de toutes les extrémités des bois immenses, les membres d'une même tribu se réunissent pour implorer ensemble le grand Esprit. Il semble que l'humeur indépendante et sociable qui caractérise ces fiers enfants de la solitude ait disparu tout à coup, lorsqu'on les voit se réunir à leurs frères du désert, pour invoquer Celui à qui appartiennent les bêtes des forêts et qui peut bénir leurs fatigues , lorsqu'on voit ces guerriers farouches et indomptables, prosternant leurs fronts vers la terre , murmurer tout bas leur prière naïve que le patriarche de la horde adresse pour eux au maître de la vie.
« Mais voici un rapport encore plus remarquable : l'homme reconnaît qu'il doit hommage à Dieu pour les biens qu'il en a reçus , et cet hommage solennel s'opère par l'immolation d'une victime , par l'oblation des prémices de tous les êtres. Voilà la sublime théorie du sacrifice; voilà la pratique mystérieuse de tous les