CHAPITRE III
hommes , depuis le pontife chaldéen qui consacrait un feu perpétuel et des aromates, jusqu'au druide qui immolait son semblable; depuis le Cafre sauvage qui entasse des pierres devant la maison des esprits malfaisants, jusqu'à l'Américain qui offre les prémices de sa chasse , partout l'homme rend à son Dieu le culte d'immolation, comme un témoignage éclatant de soumission et de dépendance.
« Comme on avait offert à l'Éternel les premiersnés des animaux et les plus belles des fleurs, on lui consacra aussi des arbres, des forêts, des champs, des temples. La Grèce eut ses terrains sacrés , ses bois dédiés aux dieux, ses arbres voués à telle ou telle divinité. Les Romains adoptèrent la même pratique; et ceux dont la gloire remplissait le monde, les dominateurs de la terre , s'interdisaient à eux-mêmes l'entrée du temple de la Bonne Déesse 1. Rome était la déesse de la terre, et les dieux avaient dans Rome des autels, des lieux sacrés, comme marque de leur souveraine puissance.
« C'était dans les forêts antiques, pleines d'une horreur mystérieuse, que les nations gauloises se réunissaient pour leurs sacrifices terribles, Contemplez le tableau poétique qu'en a fait l'auteur de la Pharsale : « Les oiseaux du ciel n'osent se reposer sur les rameaux , et les bêtes sauvages n'y choisissent jamais leur repaire. Le vent n'a jamais frémi sous ces ombrages sacrés ; jamais n'y tombèrent les feux du tonnerre. L'eau des fontaines est noire , et les simulacres informes des dieux sont des troncs informes dépouillés de leurs branches ;
1 Sacra Bonœ maribus non adeunda Dece. (Tibulle.)
à cet aspect, on pâlit, on est saisi de terreur, et ce qui redouble l'effroi , c'est que ces dieux que l'on craint , on ne les connaît pas. On disait même que souvent la terre tremblait , et que des voix sortaient des antres ; que les ifs renversés se relevaient, que des lueurs soudaines apparaissaient dans l'ombre, et que des dragons embrassaient des chênes dans leurs replis; les peuples n'approchent point de ces lieux, pas même pour leurs cérémonies ; mais les dieux y font leur demeure. Le prêtre lui - même frémit en y entrant ; il tremble d'y rencontrer le maître suprême de la forêt1. »
« Tacite parle de cette horreur religieuse qui régnait dans les bois sacrés des anciens Germains; et l'on sait que, de nos jours encore, les derniers restes des idolâtres du Nord , les Lapons , ont leurs lieux sacrés , leurs lacs divins et leurs montagnes saintes.
« Au temps de l'enfance du monde et des mœurs patriarcales , alors qu'on n'avait point encore élevé de temples au Seigneur, on offrait le sacrifice sur des rochers , sur des pierres, qui dès lors revêtaient un caractère sacré. Qu'il était beau de voir la famille errante et souvent dispersée se réunir autour de l'autel du désert, et le vénérable patriarche, pontife des anciens jours, élever ses mains et ses vœux vers le ciel ! Qu'elle était éloquente la voix de ces hommes rassemblés au milieu de la solitude , pour invoquer le Dieu trois fois saint !
« Ainsi je vois partout des lieux sacrés, autour desquels les hommes se réunissent pour adorer ; partout semble gravé, en caractères ineffaçables, le précepte
1 Lucaiû, Pharsale, 1. m.