CHAPITRE III
qui ordonne de prier ensemble. Et remarquons ici une vue magnifique de la Providence : il fallait un point de réunion pour former la société ; il en faut un pour la maintenir; ce point central, la religion le présente : c'est un temple , un autel , une cérémonie : tous ceux qui ont participé au môme sacrifice sont amis ; tous ceux qui ont mangé de la même victime sont frères. Le prêtre, le pontife est le pasteur du peuple : la société s'établit , elle se fortifie. Les hommes pouvaient -ils mieux se rassembler qu'autour de leur Créateur et de leur maître ?
« Un autre but est à remarquer dans tous les sacrifices anciens et modernes : la victime était chargée des péchés du peuple ; le sacrifice purifiait celui qui l'offrait ; et ce dogme de la réversibilité , dont une plume éloquente a donné le majestueuse théorie (De Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg) , ce dogme a son unité dans le consentement unanime des peuples. On vit même, et l'on voit encore chez les nations idolâtres, des hommes se charger des crimes de leurs concitoyens : les Décius se vouaient aux dieux infernaux pour sauver leur patrie ; et un chevalier romain , pour apaiser les dieux , s'élançait tout armé, dans un abîme ouvert au milieu du forum.
« La purification s'effectuait encore par le baptême d'eau et par le baptême de sang ; on effaçait ses péchés, soit en se plongeant dans une eau pure , soit en se faisant asperger du sang d'une victime. Tel était le préliminaire de toute cérémonie importante, de l'initiation, de l'expiation , de la consécration. Lorsqu'un Romain était élu pontife, il fallait qu'il fût entièrement arrosé
du sang d'un taureau ; il offrait le sacrifice appelé Taurobole.
« L'aveu des fautes est aussi regardé partout comme un des plus sûrs moyens de les effacer. La pratique delà confession est extrêmement commune au Japon et dans l'Inde. Elle le fut aussi parmi les anciens. On se confessait, dit Voltaire , dans ki célébration de tous les anciens mystères. La confession est une chose très excellente , un frein imposé au crime, dès la plus haute antiquité x. Quelle est la religion qui n'a pas ses jours de jeûne et ses jours de réjouissance , ses pompes et ses douleurs? Quelle est celle qui n'a pas ses serments, ses engagements sacrés, qui ne consacre pas les grandes époques de la société et de la vie humaine? Partout elle appose son sceau aux traités de paix. Elle bénit les étendards de la guerre, elle sanctifie l'obéissance des peuples, et soutient le trône des rois. Elle a ses oracles et ses prophètes qui annoncent l'avenir ; elle accueille l'homme au berceau, elle lui dit de croître et de multiplier, elle l'accompagne au cercueil, et veille sur sa tombe. Le Juif et le Romain , le Mexicain et l'habitant de l'Inde célèbrent la fête des morts.
« Ainsi, la même conformité générale que nous avons remarquée dans les croyances, se retrouve encore dans les pratiques : partout une seule foi , un seul culte; et, tandis que quelques formes ont varié par l'influence de la différence des climats, des mœurs, de la civilisation , partout le fond reste le même : grand et mémorable sujet pour l'observateur philosophe de
Dictionnaire encyclopédique. Article Cuvé de campagne.